De l’humilité dans le coaching

Article de Flavienne Sapaly, coach et superviseur, fondatrice de l’Ecole de coaching de Paris

Mot de l’auteur : J’entends beaucoup de coachs parler de développer leur puissance, j’en entends moins parler de développer leur humilité. Et pourtant n’est-ce pas les deux faces d’une même pièce ? Cet article se veut un témoignage après plusieurs années d’expérience, de ce que je comprends aujourd’hui de l’Art de l’accompagnement qui me passionne. Un propos que je souhaite ouvrir au débat et au partage.

« L’humilité est l’intelligence de celui qui ose. La modestie, l’orgueil de celui qui n’ose pas »
(Tariq Demens, Diaphorismes p76)

Le trac de l’artiste illustre à merveille cette citation. Le véritable acteur ou musicien a conscience au moment d’entrer sur scène, que tout ce qu’il sait (son texte, sa partition), tout ce qu’il sait faire (sa technique), tout ce qu’il maitrise, tout cela est cruellement insuffisant. Pour que l’art ait lieu, il faut plus : il faut « cela » qui ne peut être donné que si l’on se dispose à le recevoir, et qui est de l’ordre du mystère : cette présence, cette justesse – la grâce. L’artiste a peur, car il sait que l’aventure de la scène est au delà de ses seules forces. Mais il y va quand même, il ose dans l’espérance que lui soit donné ce qui le dépasse et donne sens à l’aventure de son art et de sa vie.
Le trac est l’humilité de l’artiste. Le terreau de l’inspiration et de la grâce.

L’humilité en coaching c’est l’attitude de celui qui a compris que l’art de l’accompagnement dépasse ses seules compétences : il ose lâcher son savoir, ses techniques, tout ce qu’il maitrise pour faire place à la grâce et au mystère de l’instant et de la relation. Il ose affronter la peur. : peur de l’inconnu, peur de ne pas être apprécié, de ne pas être reconnu compétent etc… Et il est bien des manières d’éviter la peur! Celle du téméraire qui ne la connait pas parce qu’il agit sans conscience, appliquant ses protocoles dans l’assurance de « bien faire ». Celle du « routinier », qui neutralise son effroi en s’abstenant d’aller vers ce qui l’effraye. Lui est conscient mais n’agit pas. La peur repose sur le sentiment que je ne contrôle pas tout, que mon système de défense ne me rend pas invulnérable : la peur est une connaissance : je ne suis pas tout puissant. Etre humble, c’est donc d’abord comprendre les limites inhérentes à sa condition. En cela l’humilité est une intelligence. Mais cela ne suffit pas.
Car comprendre ses propres limites c’est aussi le risque de s’y laisser enfermer. On s’en contente. On n’a pas la « prétention » de dépasser sa condition…. humilité ?
Je suis alors modeste dans mes ambitions, modeste dans ma conception de la vie, fier d’être modeste, puisque l’usage fait de la modestie une vertu.
Beaucoup de coachs s’inhibent et évitent d’agir selon le guide de leurs petites voies intérieures, de leurs ressentis, de leurs intuitions etc…autant ceci est une étape saine pour le coach débutant qui n’a pas encore intégré les fondamentaux de sa pratique et n’est pas aguerri à la présence et à la conscience de lui. Autant l’art du maitre coach sera de renoncer petit à petit à ses repères, car tel le jardinier, il fait de son mieux mais dépend de facteurs qui le dépassent.