Sortir de la « victimite »

20 Fév 2023

Article écrit par Flavienne Sapaly
Mob : 06.82.56.38.99
Mail : flavienne.sapaly@humanart.fr

Coach Accréditée EIA Praticien senior et ESIA superviseur

Organisme de Formation Humanart certifié Qualiopi

Dans un contexte social tendu, évoquer la victimite peut paraitre provocateur. Je crois effectivement que notre culture française est coincée dans le triangle Victime-persécuteur-sauveur qui mène inexorablement au conflit et au sentiment d’impuissance.

J’assiste à la même impuissance dans les entreprises où le rapport syndicat/direction a du mal à s’inscrire dans une relation d’adulte c’est-à-dire une relation où l’existence de l’un n’empêche pas l’autre et où faire un choix respectueux de l’un et de l’autre est rendu possible.

Il est important de garder en tête que l’état d’esprit de victime, n’est qu’un état passager et qu’il est donc important de ne pas se coller ou coller aux autres, une étiquette définitive de « victime ».

Le paradigme sous-jacent à cet état d’esprit de « victime » est :

« Je suis impuissant et vulnérable dans un monde hostile, injuste, dangereux et soumis au hasard. Il y a des gens qui ont de la chance et d’autres pas. Je n’ai pas ou très peu de pouvoir sur ce qui peut survenir dans mon existence. Il est bien difficile d’obtenir ce que l’on veut dans la vie. Le mieux que l’on puisse faire c’est se battre, essayer de contrôler au maximum, se protéger et se défendre des autres et de la vie, et éventuellement prier le ciel pour qu’il ne nous tombe pas sur la tète ».

On parle de victimite lorsque ce sentiment devient pathologique et c’est le cas en général lorsqu’il s’inscrit depuis l’enfance où, pour de multiples raisons, s’est développé un sentiment d’impuissance dans un univers sourd aux besoins de la personne (ex : être obligé de faire des choses qu’on ne voulait pas, impossibilité de s’exprimer, être mis face à une montagne d’interdictions, de limitations ou être écrasé par son environnement…).

Ainsi, pour être aimé l’enfant devait donc soit se soumettre soit se rebeller. Dans notre culture actuelle, aussi « normale » qu’ait pu être notre enfance, nous avons tous été soumis plus ou moins à ce type de frustrations.

La victimisation est donc un système de protection pour tenter de se faire entendre dans ses besoins et ses peurs. La personne vit intérieurement une grande solitude et derrière cela des émotions refoulées dont elle n’est pas toujours conscience ou dont elle est coupée : un état latent de stress et d’anxiété qui peut aller jusqu’à la dépression, ou de colère réprimée qui peut se manifester par un coté agressif passif ou actif en projetant sa négativité sur les autres.

En effet la victime met les autres en charge de ses émotions : « si tu m’aimes, tu devrais… », « j’ai raison, les autres ont tort », « attention, ils sont là pour m’avoir… », « grrr, le verre est encore à moitié vide », « c’est toujours sur moi que ça tombe… », « les autres sont si cruels », « je me sacrifie car les autres sont ingrats », « pourquoi moi ? », « au secours »…

Il n’y a pas de travail sur soi ou sur les autres qui soit possible et réellement efficace tant que l’on est dans l’état de victime. On ne peut vraiment guérir que soi-même.

En entreprise, quelques RH et managers qui ont eu le courage d’essayer d’aider les personnes dans cet état en questionnant leurs peurs ou leurs besoins, se sont trouvés face à un mur, un refus de communiquer ; C’est hélas fréquent ! les seuls moments où la victime a l’impression d’être en relation est lors de rencontres avec d’autres victimes où elles peuvent ensemble se plaindre ou critiquer en chœur.

Le cycle classique de la victime est :

  • Elle se trouve un (ou des) bourreaux – rééls ou perçus comme tels dans sa tète – afin de projeter sa réalité intérieure sur l’extérieur
  • Elle est insatisfaite, frustrée ou fâchée
  • Elle se plaint passivement ou agressivement
  • Elle blâme les autres, ou les circonstances, silencieusement ou bruyamment
  • Elle juge ses bourreaux et tous ceux de l’univers qui d’après elle ne sont pas corrects
  • Elle se venge (directement ou indirectement, sabotage évident ou subtil)
  • Elle se sent coupable
  • Pour se justifier elle génère ou s’invente d’autres bourreaux qui la font souffrir.
  • Les cibles de bourreaux la rejette ou l’humilient ou s’écartent d’elle
  • Elle a la confirmation de ses croyances : les autres son méchants, elle est victime

La 1ère attitude a avoir, est probablement de « méta communiquer » sur ce qu’on observe avec le plus d’objectivité possible : « j’observe que tu vois souvent le verre à moitié vide et que c’est source d’insatisfaction fréquente pour toi »

Will Schutz, père de l’Élément Humain, nous invite à réfléchir, voir à questionner (si vous avez une belle alliance avec la personne) les bénéfices et les coûts d’une telle attitude; et ils peuvent être très nombreux! 

Ex de bénéfices : se faire exister, justifier de nos échecs, éviter la culpabiliser, se sentir meilleur que les autres qui sont « incorrects ».

Ex de coûts : stress, insatisfaction permanente, méfiance/déception dans les relations, sentiments désagréables, fatigue…

A chacun de trouver le tact et la formule qui lui convient pour aborder cela.

Une autre étape pourrait être de poser la question « y a—t-il un autre état d’esprit que nous pourrions utiliser et qui serait plus satisfaisant en termes de bien être, de paix, de santé, d’épanouissement personnel et collectif ? »

Ceci est en lien avec mon article précédent « choisir de choisir » : aider les personnes à être conscients d’eux mèmes,  et les aider à choisir de s’en sortir.

Et pour le manager ou le RH qui serait « victime » d’une « victime », c’est également une question à se poser : comment retrouver mon pouvoir d’agir ?

Notre intention et notre propre état d’esprit d’accompagnant fait toute la différence : car nous devons mobiliser avec sincérité toute notre compassion pour éveiller la part de la personne qui est au-delà de ces patterns, au contraire pleine de désirs d’une relation où ses besoins et ses peurs peuvent être accueillis. Nous avons tous nos limites et nos mécanismes de défense !

Un beau sujet de coaching !

PS : il est évident que je ne parle pas ici des victimes d’injustices sociales, ou économiques ou victimes d’atteintes à leur intégrité physique ou morale qui se battent pour défendre leurs droits

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