Est-on vraiment le créateur de sa vie?

20 Juil 2026

Article écrit par Flavienne Sapaly
Mob : 06.82.56.38.99
Mail : flavienne.sapaly@humanart.fr

Coach Accréditée EIA Praticien senior et ESIA superviseur

Organisme de Formation Humanart certifié Qualiopi

Le nouveau récit : nous serions les créateurs de notre réalité

« Tu crées ta réalité » Cette affirmation est devenue l’un des grands récits de notre époque.

À la faveur des nouvelles lectures de la physique quantique, des neurosciences vulgarisées et du développement personnel, un concept collectif s’est installé : nous sommes les créateurs de notre vie. Nous aurions le « pouvoir » de choisir, de visualiser, de vibrer juste, d’aligner nos pensées et nos émotions pour que le réel réponde à nos intentions.

Cette idée enthousiasme certains.

Elle décourage profondément ceux qui, malgré leurs efforts, voient les épreuves s’enchaîner.

Et elle devient une idée violente pour celui qui traverse la maladie, le deuil, la précarité ou l’injustice : s’il est créateur de sa vie, alors conclure il est aussi responsable inconscient de son malheur ?

Je vais oser un point de vue que je reconnais comme totalement subjectif, et emprunt de ma propre culture et expérience.

Quand une croyance transforme notre manière de vivre

Comme accompagnante, cette question traverse presque toutes les histoires que j’entends.

  • Chez certains, la conviction d’être créateur nourrit une responsabilité féconde. Ils deviennent acteurs de leur existence, élaborent des projets, développent leurs ressources, traversent leurs peurs et cherchent à grandir.
  • Chez d’autres, l’illusion du contrôle devient un fardeau. Chaque difficulté est interprétée comme un défaut intérieur, un manque de conscience ou une mauvaise vibration. La souffrance se double alors d’une culpabilité : « si ma vie ne change pas, c’est que je ne fais pas assez bien le travail sur moi. »
  • À l’inverse, d’autres encore abandonnent toute capacité d’agir. Ils attribuent tout au destin, à la société, à leur histoire familiale ou à Dieu/la vie, au risque de renoncer à leur responsabilité intérieure.

Entre toute-puissance et impuissance, notre époque oscille.

Les traditions spirituelles répondent autrement

Les traditions spirituelles invite à une regard encore différent.

Certaines voient en Dieu, ou en la Vie, le véritable créateur et invitent l’être humain à orienter librement son cœur vers le bien, le bon et le beau. Elle n’excluent pas que nous avons un choix à faire : « J’ai mis devant toi la vie et la mort, choisis la vie afin que tu vives. » (Deutéronome 30:19). Mais elles proposent un abandon à plus grand que le « petit moi » et un retournement intérieur (véritable sens du mot « repentir »)

Les traditions non dualistes, elles, rappellent que vouloir maîtriser sa vie est peut-être une illusion de l’ego. Elles invitent moins à réaliser nos désirs qu’à nous éveiller à ce qui est déjà là : seul l’instant présent contient notre liberté et espace de responsabilité.

Carl Gustav Jung évoque cette illusion :  « Jusqu’à ce que vous rendiez l’inconscient conscient, il dirigera votre vie et vous appellerez cela le destin. »

Et si nos désirs n’étaient pas vraiment les nôtres ?

La phrase de Jung me touche particulièrement. Nos rêves et désirs eux-mêmes ne sont jamais vraiment libres. Ils sont souvent façonnés par nos blessures, notre histoire, notre éducation, les récits collectifs auxquels nous avons adhéré sans même nous en apercevoir.

Jésus a-t-il choisi la croix ? Nelson Mandela a-t-il choisi vingt-sept années de prison ? Probablement pas.

Pourtant, tous deux ont choisi, jour après jour, la manière d’habiter ce qui leur arrivait.

Et c’est peut-être là que réside notre véritable liberté.

Les événements nous façonnent autant que nous les façonnons

Les grands tournants d’une existence naissent rarement d’un plan parfaitement construit.

Ils surgissent souvent à travers une rencontre, un deuil, une maladie, une naissance, une séparation ou un échec. Les événements nous travaillent autant que nous les travaillons.

À vouloir absolument « créer sa vie » (sous entendu « changer sa vie »), nous entretenons parfois une culture du manque : ma vie n’est pas assez… je ne suis pas encore assez…

Comme si le bonheur se trouvait toujours quelques efforts plus loin.

Les limites du « travail sur soi »

Je crois pour ma part qu’aucune méthode, aussi sophistiquée soit-elle, ne garantit la réalisation de nos désirs.

Le coaching lui-même est parfois tombé dans cette illusion : celle qu’à tout problème correspond une solution et qu’il suffirait de trouver la bonne stratégie.

Or certains mouvements intérieurs exigent un autre rapport au temps.

Ils ne se fabriquent pas.

Ils mûrissent.

Devenir disponible plutôt que tout maîtriser

Alors une autre question apparaît :

Et si nous n’étions ni les auteurs absolus de notre destinée, ni les simples victimes des circonstances ? Et si notre responsabilité consistait moins à fabriquer notre vie qu’à devenir disponibles à ce que la vie cherche à faire émerger en nous ?

Cette posture demande moins de contrôle et davantage de discernement.

Moins de maîtrise. Plus de présence.

Comme l’écrivait Viktor Frankl : « Entre le stimulus et la réponse, il existe un espace. Dans cet espace réside notre pouvoir de choisir notre réponse. Dans notre réponse résident notre croissance et notre liberté. »

Peut-être que notre plus grande liberté n’est pas de créer entièrement notre vie, mais de consentir à devenir co-auteurs d’une histoire qui nous dépasse.

Et c’est pas facile car il faut beaucoup de patience parfois, pour lire et comprendre le mythe qui nous traverse.

 

Autres articles de la même catégorie

Transformation : l’art du compostage

Transformation : l’art du compostage

L'une des grandes illusions de notre métier consiste à croire que la transformation consiste essentiellement à se mettre en mouvement vers un futur. La dimension spacio temporelle qui relie passé/présent/futur est parfois explorée, mais l’essentiel de l’énergie est...

lire plus
Accompagner l’agressivité

Accompagner l’agressivité

Il est fréquent en coaching qu’une personne vienne pour faire disparaître une partie d’elle-même qu’elle juge : c’est le cas de Julien, dirigeant. Il disait tout d’abord vouloir « simplement progresser ». Après une 1ere séance, il évoque les injustices personnelles,...

lire plus
Ralentir dans un monde qui accélère

Ralentir dans un monde qui accélère

Dans l’intimité de mes  accompagnements, j’entends de plus en plus souvent cette quête inconfortable chez les managers et dirigeants : vouloir performer ET ralentir. Cette question est souffrante, car il se vit un véritable paradoxe : D’un côté, tout pousse à...

lire plus
Share This