Comment prendre la bonne décision?

26 Août 2026

Article écrit par Flavienne Sapaly
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Mail : flavienne.sapaly@humanart.fr

Coach Accréditée EIA Praticien senior et ESIA superviseur

Organisme de Formation Humanart certifié Qualiopi

Décider c’est grandir, tracer une route, oser…

« Aidez-moi à prendre la bonne décision ? » ; Cette question revient régulièrement dans mes accompagnements.

Quitter ou rester ? Accepter ou refuser ? Prendre le risque ou assurer ses arrières ? Dire ce que je pense ou préserver la relation ?

Mon ancien superviseur, le psychiatre et systémicien Jacques-Antoine Malarewicz, me répétait : « Il n’y a pas de bonne ou meilleure décision. Il y a celles que nous sommes prêts à assumer. »

Car derrière notre recherche de la « bonne » décision se cache souvent un fantasme : celui qu’il existerait quelque part une réponse juste qui nous éviterait le risque de nous tromper.

Décider avec la tête ou avec le cœur ?

  • Ce n’est pas la bonne question selon moi.

Longtemps on a privilégié la raison : analyser, comparer, peser le pour et le contre. Puis, en réaction, nous avons réhabilité le corps, les émotions : « Écoute ton ressenti. Ton corps sait. »

Le médecin, professeur de neurologie Antonio Damasio, nous invite à sortir de cette opposition. Dans L’Erreur de Descartes, il montre que les émotions ne perturbent pas seulement la raison : elles participent à notre capacité à décider : « Certains aspects du processus de l’émotion et du sentiment sont indispensables à la rationalité. »

Alors oui, écoutons ce que notre corps et nos émotions nous apprennent. Mais ne confondons pas ce qu’ils nous disent avec la vérité. Car mon corps peut se contracter parce qu’un choix est dangereux… ou parce qu’il me fait sortir d’une vieille zone de sécurité. Mon désir peut manifester quelque chose de profondément vivant… ou mon besoin de reconnaissance inassouvi.

Quant à l’intuition, on distingue celle liée à l’expertise (le cerveau reconnait une configuration déjà rencontrée), l’intuition interoceptive (le corps perçoit avant de conceptualiser), et l’intuition qui relève de la captation d’éléments du champs (et qui active d’autres parties du cerveau) : rien ne permet aujourd’hui de prétendre « savoir » si l’intuition est « valable »; mais l’expérience que chacun a de cette intuition, va plus ou moins inciter à la suivre : moins que savoir s’il faut faire confiance à ses intuitions, il conviendrait surement de se demander d’où elle parle.

La difficulté à décider est une occasion de se rencontrer

C’est ici que le Dialogue Intérieur de Hal et Sidra Stone[1] m’est particulièrement précieux.

Nous ne décidons jamais depuis un territoire vierge de notre histoire. Ce sont les fameux biais : nos conditionnements, nos blessures, nos fidélités, nos injonctions, mais aussi des aspects nouveaux qui cherchent à émerger prennent part à nos choix. Et les décisions difficiles ont cette formidable capacité à les faire sortir du bois ; car c’est le conflit intérieur qui rend les décisions difficiles à prendre.

  • Une part veut la sécurité quand une autre réclame la liberté.
  • Une part dit « je dois » quand une autre murmure « j’ai envie ».
  • Une valeur à laquelle j’ai toujours été fidèle se heurte à une valeur nouvelle qui cherche à prendre sa place.

Plutôt que de chercher immédiatement laquelle a raison, nous pouvons commencer par les écouter.

Que cherche chacune à protéger ? De quoi ont-t-elles peur ? À quoi aspirent-t-elles ? 

Le « Moi conscient » peut alors entendre ces différents personnages sans les juger et surtout sans se confondre avec eux.

« Une part de moi a peur » n’est pas la même chose que « j’ai peur, donc je ne dois pas y aller ». C’est dans cette distanciation et différenciation que peut commencer le discernement.

Laisser à notre cerveau la possibilité de changer de perspective

Les neurosciences apportent ici un éclairage passionnant.

La neuroscientifique Adele Diamond[2] décrit parmi les fonctions exécutives notre capacité à « prendre le temps de penser avant d’agir », à inhiber une réponse impulsive et à développer notre flexibilité cognitive : voir une situation depuis différentes perspectives et nous adapter lorsque les circonstances changent. Décider est un affaire de regard que l’on pose sur la situation, l’autre, soi….cela nécessite présence et attention.

Mais notre cerveau a également besoin de moments où il n’est pas concentré sur une tâche, où il relâche l’attention.

C’est ce qu’on appelle le basculemen entre deux grands systèmes : le Default Mode Network (pensée spontanée, mémoire autobiographique projection, associations, intériorité.. et le Central Executive Network (attention dirigée, raisonnement, contrôle cognitif, action orientée vers un but.)

Les travaux du neuroscientifique Vinod Menon[3] sur le Default Mode Network montrent l’implication de ce réseau cérébral dans le vagabondage mental aussi utile et nécéssaire que l’attention.

Autrement dit, penser et décider nécessite aussi de savoir ne plus chercher pendant un moment. Par exmple

  • Marcher.
  • Rêvasser.
  • Regarder par la fenêtre.
  • Laisser une question sans réponse.
  • Rester dans le silence

Une séance de coaching peut tout à fait se terminer sur une question : j’invite alors mes clients à la porter comme on porte doucement un petit bébé, en la laissant flotter sans attendre de résultat.

Or, que faisons-nous aujourd’hui du moindre interstice de vide ?

Un temps d’attente : téléphone.
Un vide : scroll.
Une question : Google.
Un doute : l’IA.

Le problème n’est pas l’outil. Le problème est que face à un interstice de vide, beaucoup d’occidentaux ruminent, ou angoissent ou culpabilisent ou ne supportent pas qu’une question reste quelque temps sans réponse.

À force de remplir les vides, nous risquons de nous priver de ces espaces où quelque chose peut décanter, se déplacer, se réorganiser. Il n’y a qu’à voir, comment au sortir des vacances, certains aspects de nos vies sont plus clairs.

Par ailleurs nous sommes bombardés d’informations et notre cerveau n’est pas fait pour en gérer autant. Alors, pour une décision difficile, malgré toutes les techniques merveilleuses qu’on nous propose, et les boussoles magiques, je plaide d’essayer trois mouvements :

  • S’informer.
  • Écouter ce qui se dispute en nous.
  • Puis faire silence ou partir en forêt marcher sans smartphone ou tricoter ou….(tout ce qui peut calmer votre mental)

Et renoncer à se demander : « Quelle est la bonne décision ? ».

Pour laisser plutôt émerger avec patience : « Avec ce que je sais et ce que je perçois aujourd’hui, quelle décision suis-je prêt à prendre et à assumer, sans savoir entièrement où elle me conduira ? »

[1]  « Le dialogue Intérieur : connaitre et intégrer nos subpersonnalités Vol 1 » Hal Stone, Ed Le souffle d’or, 1991

[2] Adele Diamond, Article du magazine « annual review of psychology » septembre 2013 : https://doi.org/10.1146/annurev-psych-113011-143750

[3] Vinod Menon, Article du magazine « neuron » mai 2023 : https://doi.org/10.1016/j.neuron.2023.04.023

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