Accompagner l’agressivité

2 Juin 2026

Article écrit par Flavienne Sapaly
Mob : 06.82.56.38.99
Mail : flavienne.sapaly@humanart.fr

Coach Accréditée EIA Praticien senior et ESIA superviseur

Organisme de Formation Humanart certifié Qualiopi

Il est fréquent en coaching qu’une personne vienne pour faire disparaître une partie d’elle-même qu’elle juge : c’est le cas de Julien, dirigeant.

Il disait tout d’abord vouloir « simplement progresser ».

Après une 1ere séance, il évoque les injustices personnelles, professionnelles et familiales qu’il vit, et pour lesquelles il n’a pas d’autre choix que de se défendre en justice. Il pense que sa corpulence et sa carrure de sportif de haut niveau impressionnent. Il doute profondément de la façon dont il est perçu par son environnement. Il imagine que ses colères et son agressivité nuisent à son évolution.

Derrière ses formulations, je perçois une souffrance immense : celle de l’isolement lié à son système de défense.

C’est là, selon moi, que commence la finesse du métier de coach : comprendre qu’un comportement défensif n’est jamais seulement un problème. C’est aussi une tentative de survie.

Derrière toute défense, une intelligence

Nous faisons souvent l’erreur de vouloir supprimer trop vite ce qui dérange en particulier quand il s’agit de colère, d’orgueil, de contrôle, de dureté, d’agressivité. Comme si ces comportements étaient des « tares » à corriger. En réalité, ils sont surtout très mal vécus par la société.

Mais les systèmes humains sont infiniment plus subtils. Exprimer sa rage avec un discours bien lissé appris avec une technique, n’a jamais rien résolu, au contraire. « Contenir » va contribuer à « l’explosif ».

Une défense n’apparaît jamais par hasard.
Elle se construit comme une protection psychique face à une expérience jugée autrefois insupportable : humiliation, rejet, impuissance, insécurité, abandon, honte.

Ce que nous appelons aujourd’hui « agressivité » fut parfois, hier, une manière de ne pas mourir intérieurement.

Chez Julien, l’agressivité avait une fonction très claire : ne plus jamais être injustement atteint émotionnellement. Ne plus jamais « subir » l’humiliation. Ne plus jamais risquer la « faiblesse » face au jugement ou à la domination.

Sa colère n’était pas un problème.
Elle était un gardien.

Les lunettes déformantes de la vigilance

Évidemment, ces réactions trouvent leur source dans une façon déformée de percevoir la réalité : j’appelle cela les « lunettes de la vigilance » : un regard qui focalise son attention sur tous les signaux extérieurs qui pourraient ressembler à une menace.

Et c’est un « sur le qui vive » totalement inconscient.

Au fil du travail, nous avons exploré « les lunettes » à travers lesquelles Julien regardait le monde :

-Un silence devenait du mépris.
-Une remarque devenait une attaque.
-Un collègue brillant devenait une menace identitaire.

Tout son système nerveux était organisé autour de la captation de signes possibles d’injustice, de domination ou de rejet.

Non parce qu’il était fou.
Mais parce que son histoire avait fabriqué en lui une hypersensibilité.

Œuvrer au relâchement du système défensif

 Œuvrer au relâchement du système défensif, quel qu’il soit, c’est œuvrer d’abord à l’accueil profond de son utilité.

Cela demande une posture infiniment délicate : ne pas cautionner les comportements destructeurs, garder un regard systémique sur les « boucles relationnelles violentes » dont les systèmes sont le théâtre… tout en développant une immense compassion pour la fonction psychique des défenses, même quand le transfert peut révéler des signes d’agressivité. (merci la supervision des contre transfert)

Beaucoup de conflits professionnels naissent ici : non dans les faits eux-mêmes, mais dans les interprétations défensives que chacun construit à partir de son histoire.

Le manager croit gérer un collaborateur « compliqué ».
Le collaborateur croit lutter pour sa dignité.

Et chacun finit par confirmer les peurs de l’autre.

Derrière les personnes qui attaquent, contrôlent ou dominent, il y a des êtres qui vivent le monde comme dangereux.

Quand le conflit devient une manière d’exister

 Il existe des personnes pour lesquelles le conflit finit inconsciemment par produire un sentiment de vitalité. Comme si lutter permettait enfin de sentir son existence.

C’est une hypothèse délicate à formuler, car elle peut être entendue comme un jugement. Elle ne l’est pas.

Certaines personnes ont grandi dans des environnements où il fallait combattre pour être vu, entendu ou respecté. Le conflit devient alors un mode relationnel familier. Une manière paradoxale de rester vivant intérieurement.

Tant qu’aucun autre espace psychique n’est possible, l’organisme retourne vers ce qu’il connaît : l’opposition, la tension, l’intensité.

C’est pourquoi la paix peut parfois faire peur.

Rencontrer la paix va souvent faire rencontrer autre chose : le vide, la tristesse, la fragilité, le manque de légitimité, parfois même une immense solitude intérieure.

Accompagner vers la paix intérieure

Le véritable travail d’accompagnement ne consiste donc pas à fabriquer des personnes sages, adaptées et policées. Il consiste à permettre progressivement qu’une autre relation à soi devienne possible.

Une relation dans laquelle la personne peut reconnaître ses mécanismes sans honte, comprendre ce qu’ils ont tenté de protéger, développer une responsabilité relationnelle, revenir sur ses débordements, entrer progressivement en contact avec les sensations et émotions reniées, vérifier ses interprétations pour apprendre à distinguer le danger réel des réactivations anciennes.

Dans ce travail, il n’y a ni perfection ni guérison magique.

L’agressivité ne disparaît pas forcément. La susceptibilité non plus.

Mais quelque chose change profondément : la conscience.

Et lorsqu’un être humain commence à voir son système défensif au lieu d’être entièrement gouverné par lui, un espace de liberté apparaît. Le coaching va être l’espace où cette conscience va petit à petit devenir expérience et mutation.

En cela le coaching n’est pas de la thérapie mais à effet thérapeutique : et çà l’IA ne sait pas le faire !

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