Comment faire face à l’impuissance des clients et systèmes que l’on accompagne?

4 Oct 2026

Article écrit par Flavienne Sapaly
Mob : 06.82.56.38.99
Mail : flavienne.sapaly@humanart.fr

Coach Accréditée EIA Praticien senior et ESIA superviseur

Organisme de Formation Humanart certifié Qualiopi

(Ecrit sans IA) Avez-vous déjà senti monter cette petite agitation face à un client ou un système, qui, séance après séance, reste coincé dans ses difficultés : « il faut que je trouve quelque chose. Quelque chose qui justifie ma présence et, accessoirement, mes honoraires. »

Quand rien ne semble possible et que le sentiment d’impuissance s’impose…

Nos clients peuvent nous faire vivre l’impuissance qu’eux même traverse. Et c’est souvent difficile à accepter en tant qu’accompagnants.

On le sait pourtant : accompagner exige de veiller à ce que notre pulsion de secours (le fameux « sauveur ») n’étouffe pas ce qui cherche à s’énoncer et qui porterait la difficulté vers la lumière. Pour cela, il nous faut désobéir à toutes les bonnes raisons qui nous incitent à remettre de l’ordre dans la parole de l’autre, à produire du sens, à rechercher trop vite une issue.

  • En vrai, nous essayons souvent de changer de niveau logique. Nous reformulons. Nous sortons un modèle. Nous nous réfugions dans les objectifs du coaching.
  • Ou encore, nous recouvrons de bien-pensance ce qui vient d’être dit : « il y a sûrement un cadeau caché », « Cette crise est sûrement une opportunité », « Il faudrait lâcher prise », « Qu’est-ce que cette situation vient vous apprendre ? », « Vous avez certainement quelque chose à transformer dans votre posture ». Autant de phrases parfois justes. Et parfois terriblement violentes.
  • Et quelquefois, plus discrètement encore, nous nous retirons intérieurement. Nous nous absentons.

Bien sûr, notre responsabilité professionnelle demeure. Il faudra parfois poser une limite, alerter, être passeur de confiance vers un autre professionnel. Mais cela ne nous dispense pas de rencontrer ce qui est là avant de vouloir en faire quelque chose. Cela ne nous dispense pas non plus d’écouter la blessure de l’autre, qui, bien souvent, réveille la nôtre.

Ce que l’impuissance vient déranger en nous

En supervision, on se rend compte parfois qu’une légère aversion, une impatience, une culpabilité ou un ressentiment s’invite à l’égard de celui ou celle qui ne change pas. « Qu’il est fatiguant celui qui résiste à nos merveilleuses questions ! » Celle qui revient avec le même problème ! Celui qui bouleverse, avec son effondrement ou son désarroi, nos concepts sur le coaching professionnel que nous avions si bien rangé.

Ici, l’autre nous oblige à regarder en face quelque chose que notre métier nous aide admirablement à éviter : nous ne pouvons pas tout ; nous ne pouvons pas terrasser la souffrance ; nous ne pouvons pas fabriquer le changement ; nous ne pouvons même pas savoir ce qui devrait advenir. …et pourtant, une part de nous s’active à vouloir que « çà avance ». On trouve d’ailleurs sur les réseaux toutes sortes de bons conseils, qui prônent « plus de la même chose qui ne marche pas » pour  « reprendre le contrôle. »

Comme un col de manteau que l’on remonte sur son cou pour se protéger d’un vent glacial, chaque accompagnant a ses automatismes pour se protéger, de ce qu’il ne peut accueillir car trop inconfortable pour lui. Et ces automatismes emmurent l’autre dans sa solitude.

L’impuissance n’est qu’un symptôme porte-voix d’un déséquilibre au sein du système, d’un aspect renié qui demande à être entendu. Et comme nous l’apprend l’école de Palo Alto et Grégory Bateson, son père fondateur, le changement émerge du système lui-même dès lors que les conditions d’une écoute profonde sont réunies.

A défaut se réitère alors, pour celui qui traverse la tourmente, l’expérience destructrice de l’abandon et de la résignation : c’est parfois un scénario dans lequel l’autre cherche inconsciemment un sauveur et en même temps le met en défaut pour se répèter la triste histoire : « il n’y aura donc jamais personne pour moi ».

De l’impuissance à la présence

Alors peut-être avons-nous à apprendre cet endroit étrange : ni franchir le seuil de l’autre, ni disparaître. Il s’agit plutôt de tenir ouvert et vivant l’espace où l’impuissance a lieu, aussi longtemps que nécessaire. Relié à tout ce qui, en nous aussi accompagnant, est atteint.

Tenir bon ; non pas dans l’attente passive qu’un miracle se produise. Non pas en renonçant à nos compétences, à notre discernement ou à notre responsabilité. Mais en cessant, un instant, de croire que notre valeur d’accompagnant dépend de notre capacité à produire une issue immédiate.

La dynamique de résolution, s’organise selon moi autour de 3 axes, valables pour l’accompagné comme pour l’accompagnant.

-l’axe de l’accueil inconditionnel : derrière tout aspect de nous qui a un sentiment d’impuissance, il y a une autre part qui désire avoir un pouvoir sur la chose insaisissable. Et chaque partie intérieure a son vécu, sa raison d’être et sa contribution qui a besoin d’être exprimée, comprise et entendue.

-L’axe de la responsabilité bienveillante : il ne s’agit pas de culpabiliser mais de regarder depuis ce qui voit en nous : voir ce qui se joue en soi sans se juger, ou ce qui se joue dans le système sur lequel on veut agir pour pouvoir prendre sa part en adulte afin de s’en saisir. Ceci n’est possible que quand le 1er axe a pu s’accomplir.

-L’axe de la pacification : il s’agit de garder le cap sur l’intention d’apaisement tout en acceptant l’impuissance.  Ce n’est pas « il faut lâcher prise », il ne s’agit pas non plus de se réfugier derrière une neutralité qui tiendrait à distance ce qui est vécu, mais au contraire en restant pleinement touché et humain dans la rencontre, de rester là comme si l’impuissance pouvait rester de toute éternité. Rester là, avec confiance en la paix et laisser le temps faire son oeuvre.

Quelque chose peut alors respirer autrement. Une parole qui n’avait encore jamais pu se dire. Un silence. Une colère. Une évidence. Un mouvement minuscule que nous n’aurions jamais su fabriquer. Avec la même délicatesse que l’on porte un bébé, laisser les questions en suspens sans vouloir de réponse immédiate. 

Comme un appel d’air fait flamber une étincelle, dire et être entièrement reçu dans ce que l’on vit remet du mouvement là où tout semblait figé. Une lave de compassion se met à circuler entre nous. Cette lave restaure.

Peut-être est-ce cela, transformer l’impuissance en présence. Laisser l’intelligence du vivant trouver son issue propre, inédite, au cœur même de ce qui nous échappe.

Tenir bon. Garder confiance. Et rester là.

 

 

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