Et si notre cerveau nous faisait croire que tout va bien alors qu’il s’épuise…
Combien de dirigeants s’effondrent non pas sous la charge de travail (encore que), mais sous la charge de leurs pensées ?
« Il faut que je tienne. », « Je dois donner l’exemple. », « Je ne peux pas me montrer faible » ; Ces injonctions paraissent nobles. En réalité, elles enferment.
Le neurobiologiste Albert Moukheiber, auteur de Votre cerveau vous joue des tours (Éd. Allary, 2020), le rappelle : « notre connaissance des choses est toujours relative. Le cerveau cherche la cohérence avant la vérité. »
Autrement dit, il nous raconte des histoires pour survivre, pas pour voir clair. Ces “histoires” deviennent des croyances rigides : je dois être fort, je ne peux pas décevoir, tout repose sur moi.
Elles préservent notre image, mais minent notre santé mentale.
Quand penser devient un mécanisme de défense
La psychiatre Céline Tran, autrice de « Apprendre la bienveillance envers soi-même » (Éd. La Découverte, 2025), explique que « les pensées influencent le corps, le chimique, l’hormonal, le postural ».
Une pensée stressante active l’axe du stress, fait monter le cortisol, tend les muscles et trouble le sommeil.
Autrement dit, nos pensées deviennent physiques : elles s’impriment dans le corps comme dans nos décisions.
Elles ne flottent donc pas dans les airs : elles s’impriment dans nos muscles, guident nos décisions et, souvent, enferment notre puissance créatrice dans un schéma invisible. C’est là que naissent les croyances limitantes.
Sous leur emprise, beaucoup de dirigeants continuent à “tenir bon”, jusqu’à accepter l’inacceptable, surcharge, solitude, perte de sens, au nom du devoir ou de la performance.
Le neurobiologiste Alain Prochiantz, professeur au Collège de France, le formule autrement : « La pensée est un rapport adaptatif du vivant à son milieu. ». Elle naît de la communication neuronale, elle-même façonnée par notre environnement, nos émotions, notre éducation et notre culture.
Le collectif apporte donc à la fois cohérence et illusion : il peut stabiliser la pensée ou la détourner de la réalité.
Et si nos pensées n’étaient pas le problème, mais notre attachement à elles ?
Comme le dit Byron Katie, cette américaine qui a fait l’expérience d’une refonte totale de ses pensées du jour au lendemain et a créé de The Work :
“Une pensée n’est jamais un problème, sauf quand on la croit.”
Sa méthode propose un art du discernement radical sous forme de contemplation
→ Est-ce vrai ? En suis-je absolument sûr ? Qui serais-je sans cette pensée ?
En entreprise, cette démarche invite à ralentir et à déjouer les boucles mentales du dirigeant sous pression, et libère la créativité des équipes. Elle réintroduit un espace d’humilité lucide là où le mental cherchait à tout contrôler.
Et si penser moins, c’était décider mieux ?
Nos pensées sont utiles, mais pas toujours fiables. Elles nous servent à piloter, pas à prophétiser.
Dans un monde fluctuant, ce n’est plus celui qui pense le plus vite qui s’en sort, mais celui qui voit le plus clair, en lui d’abord.
C’est ce qu’on appelle le discernement. Et c’est pour moi une compétence essentielle à acquérir dans nos contextes actuels où l’information se bouscule et où l’on pourrait être tenté de remettre à l’IA nos décisions.
Apprendre à débusquer les pensées-réflexes, à les questionner, c’est se libérer du pilote automatique.


Article écrit par Flavienne Sapaly

