Chaque année, j’observe le même phénomène : à quelques jours des congés, certains dirigeants accélèrent encore. Ils veulent tout terminer.
Tout contrôler. Tout transmettre. Comme si l’entreprise risquait de s’effondrer en leur absence.
Et si cette difficulté à partir ne parlait pas d’organisation…mais de notre façon d’habiter le pouvoir ?
Une phrase de Edgar Morin me paraît particulièrement juste :
« Il faut apprendre à naviguer dans un océan d’incertitudes à travers des archipels de certitudes. »
Cette citation résonne très bien avec les congés d’été. Beaucoup cherchent à partir seulement lorsque tout est sécurisé. Or ce moment n’arrive jamais. Attendre que tout soit sous contrôle pour s’absenter revient souvent à ne jamais consentir à l’incertitude.
Mais les transformations que nous traversons, intelligence artificielle, crises écologiques, instabilité géopolitique, mutations du travail, changent la donne.
Les nouveaux récits de société demandent d’autres qualités :
- ralentir avant de décider ;
- laisser émerger plutôt que fabriquer ;
- accepter de ne pas tout comprendre immédiatement ;
- faire confiance à l’intelligence collective ;
- développer le discernement plus que la maîtrise.
Comme l’écrit Edgar Morin, la complexité ne se résout pas ; elle s’habite.
François Jullien dans son livre « transformations silencieuses » évoque que les changements les plus profonds ne se produisent pas au moment où l’on agit davantage, mais lorsque quelque chose mûrit lentement, presque imperceptiblement.
Les décisions les plus importantes d’un dirigeant sont des questions de discernement. Et le discernement demande exactement ce que les vacances peuvent offrir : de l’espace.
Non pas pour réfléchir davantage. Mais pour laisser résonner.
C’est peut-être là que se joue l’un des grands apprentissages du leadership de demain : oser revenir en septembre sans avoir toutes les réponses, mais avec de meilleures questions.


Article écrit par Flavienne Sapaly

