Comment repenser notre posture de coach à la lumière des recherches de Pauline Fatien à l’appui des travaux de Hartmut Rosa
Le monde change. Les crises s’accumulent : climatique, sociale, politique, existentielle. Et dans ce contexte incertain, quel est encore le rôle du coaching ? Peut-on continuer à viser la seule performance individuelle ou organisationnelle ?
Pauline Fatien, professeure associée à Grenoble École de Management, propose une grille de lecture originale et salutaire, s’appuyant sur la pensée du sociologue allemand Hartmut Rosa. Elle nous invite à revisiter nos éthiques relationnelles, et à faire le choix de la résonance plutôt que celui de la maîtrise. Et sa pensée rejoint tout à fait la mienne : le coaching doit aussi se transformer.
Trois postures éthiques dans le coaching : un miroir pour nos pratiques
Pauline Fatien, inspirée de Harmut Rosa distingue trois formes d’éthiques relationnelles incarnées dans le coaching :
- L’éthique muette de l’entre-choc(« ego-coaching ») : le coach agit depuis un espace de survie, dans une logique de protection, de norme, de compétition. Le coaching devient alors une prestation à livrer, balisée par des objectifs préétablis, où l’espace de la relation humaine est régie par un cadre déontologique à visée strictement professionnelle en lien avec les objectifs.
- L’éthique de la co(i)llusion(« écho-coaching ») : coach et coaché entrent en résonance mais de manière défensive ou fusionnelle, dans une alliance inconsciente où chacun cherche à se rassurer face à ses peurs. La relation est marquée par des jeux d’alliance, une logique de cohésion communautaire, mais sans véritable transformation.
- L’éthique de l’indisponible(« éco-coaching ») : le coach entre dans une posture de résonance avec le monde, en se laissant toucher par ce qui advient, sans chercher à tout prévoir. Cette posture échappe à l’idéologie du contrôle et de la maitrise pour plutôt embrasser « l’indisponibilité » (voir infra) du monde en s’appuyant sur une écoute de l’émergent, de l’inattendu, de la transformation non programmée.
La pensée de Rosa : sortir de la mise à disposition du monde. Rosa critique une société moderne qui met tout à disposition, où le monde devient utilisable, prévisible, maîtrisable. Dans cette logique, le coaching peut être instrumentalisé : il sert à rendre l’humain plus performant, plus « aligné », plus conforme. Or, cette vision empêche toute véritable résonance, car elle empêche d’être touché, d’être transformé.
Vers une pratique du coaching de résonance Dans l’éthique de l’indisponibilité, le coach accepte de ne pas savoir à l’avance. Il ne maîtrise pas le processus, il s’ouvre au vivant. Cela implique de :
- Lâcher l’objectif au profit de la direction
- Accueillir la coïncidence plutôt que le contrôle
- Renoncer à la neutralité absolue pour une présence pleine, incarnée
Enjeux pour les coachs et superviseurs Ce texte ouvre une réflexion profonde pour les professionnels de l’accompagnement :
- Quelle éthique relationnelle porte ma pratique ?
- Suis-je dans une posture de résonance, ou de mise à disposition ?
- Est-ce que j’accompagne la performance, ou la transformation de l’être en lien avec le monde ?
Ce cadre est pour moi, en tant que superviseur, une référence pour aider les coachs à identifier leur rapport implicite au monde. Il invite à articuler écologie personnelle, posture de non-savoir et engagement sensible. Il propose aussi une critique fine des risques d’instrumentalisation du coaching.
En période de crise systémique, Pauline Fatien nous propose un basculement : passer d’un coaching pour agir sur le monde à un coaching qui s’autorise à être touché par lui. En cultivant l’indisponibilité, nous ouvrons un espace de d’ouverture au vaste champ des possibles, de lenteur et de justesse. Une éthique qui nécessite des conditions d’exercices propices, des intentions claires pour un coaching pleinement humain.


Article écrit par Flavienne Sapaly

