Coup de gueule face à certaines attitudes et propos de plus en plus fréquents. Cette citation trouvée par hasard l’illustre très bien!
« Ne laissez personne apaiser sa conscience en lui faisant croire qu’il ne peut faire de mal s’il ne participe pas, et ne donne pas son avis. Les hommes méchants n’ont besoin de rien de plus pour parvenir à leur fin, que d’hommes bons qui contemplent sans intervenir. » John Stuart Mill, 1867
La tentation est grande en ce moment, face aux discours polarisés, aux conflits, aux facéties de ce monde, de se retirer, de contempler de loin et prôner la « neutralité » sous prétexte de spiritualité ou de « aquabonisme » quand d’autres vont préférer tout casser.
Prendre position ne signifie ni crier plus fort, ni brandir les archétypes de la Justice ou de la Vérité comme une arme. C’est oser dire : « voilà où je me tiens », en acceptant la faillibilité de cette position. C’est un acte éthique : une manière d’habiter le monde et de reconnaître notre responsabilité dans le champ commun. Rien à voir avec le jeu des « camps », souvent polarisés ou chacun se prend pour les « gentils » face aux « méchants ».
Je ne me sens pas exempte de cette interpellation. Moi aussi je peux préférer le confort d’une « hauteur spirituelle » (mon orgueil chérie) à la rugosité du réel. Moi aussi je peux confondre discernement et retrait prudent, ou me réfugier derrière de belles idées pleines d’espèrance. Nommer cela, c’est m’obliger à descendre dans l’incarnation et à risquer ma parole.
Scott Peck[1] (merci Jean de m’avoir fait lire ce livre) a montré combien « le mal ordinaire » s’alimente d’auto-illusion, de refus de se remettre en question et de la tentation de faire porter à d’autres le poids de nos ombres. Autrement dit, « le mal » prospère quand nous choisissons la façade plutôt que la lucidité, la respectabilité plutôt que le travail intérieur. Cette lecture nous rappelle que « ne pas prendre position » n’est pas neutralité : c’est déjà un choix. « Tout casser et invectiver » au nom de la Justice aussi. Peut -on s’élever au-dessus de la logique de « camp »?
Dire « je », parler, agir, résister parfois, mais sans haine est une manière de dialoguer avec les autres et le Soi[2] : je dirais mème que c’est incarner le Soi dans le réel. Et c’est peut-être une des plus belle manière de servir la Vie.
[1] « les gens du mensonge », Scott PECK ed poche 1992
[2] Le Soi pour C. G. Jung, le Soi est l’archétype de la totalité — centre régulateur et circonférence de la psyché, englobant conscient et inconscient, et but du processus d’individuation.


Article écrit par Flavienne Sapaly

