Quand le transpersonnel s’invite dans le coaching

18 Mai 2025

Article écrit par Flavienne Sapaly
Mob : 06.82.56.38.99
Mail : flavienne.sapaly@humanart.fr

Coach Accréditée EIA Praticien senior et ESIA superviseur

Organisme de Formation Humanart certifié Qualiopi

C’est un sujet qui peut surprendre que j’aborde ici. Il me tient pourtant à cœur d’en faire un sujet d’échanges entre praticiens professionnels.

Trois éléments stimulent mon élan d’écriture de cet article :

  • L’émergence de demandes ou d’événements transpersonnels de plus en plus fréquents dans les accompagnements que je mène ;
  • La lecture du dernier livre de Nicolas Dumont[1], qui met en théorie ce que j’ai longtemps expérimenté de façon intuitive ;
  • Et, la prolifération de formations au « coaching spirituel » et de l’usage du mot « énergie » à toutes les sauces — ce qui me hérisse le poil.

Alors comment poser un cadre éthique, rigoureux, sans perdre la saveur du mystère transpersonnel ?

Comment honorer ce qui échappe, sans tomber ni dans la toute-puissance mystique, ni dans le réductionnisme matérialiste ?

Et surtout : comment accueillir ce que vivent les coachés… sans disqualifier ce qu’ils ne savent pas nommer autrement que par le mot sacré ?

Une expérience de bascule

Jean , manager informatique d’une grande entreprise, a demandé un coaching car il s’ennuit dans son travail et n’arrive pas à se mettre en mouvement vers un autre poste. La précédente séance avait été très constructive selon lui car il avait mis à jour certaines motivations profondes jamais aussi clairement nommées.

Jean arrive en 4e séance. Le visage pâle et fermé, et me dit simplement :
— Je me sens très mal depuis quelques jours.

Aucun évènement particulier ne semblait justifier de l’état.
Je lui demande alors :
— C’est comme quoi, ce que tu vis ?
Il répond :
— C’est comme si j’étais dans un cercueil dont on allait refermer le couvercle.
— Et qui tient le couvercle ?

Après un long silence, Jean murmure :

— Un homme étrange

Le ton change. L’air se densifie. Un état modifié de conscience s’installe pour nous deux. Spontanément. Non provoqué. Juste accompagné.
Pendant 1h15, une balade conversationnelle, nous emmène dans un univers onirique où surgissent des figures symboliques, des présences qui proposent à Jean, un dialogue : un processus se met à l’œuvre qui le sort du cercueil et l’amène dans des territoires où il reçoit des messages. J’invite Jean à solliciter de ses interlocuteurs de recevoir dans les jours qui suivent des signes clairs pour valider que son expérience vient du monde imaginal et non imaginaire.

Au sortir de cette séance, Jean ne comprend pas ce qu’il s’est passé mais perçoit que quelque chose de profond est arrivé pourtant…il doute. Je le rassure; et l’invite à voir en quoi ces messages font sens dans son actualité.

Les semaines qui suivirent ont vu ses relations au travail évoluer. Ses frustrations avaient disparu. Des synchronicités, conformes aux signes sollicités, ont donné de la crédibilité à ce qu’il avait traversé en état de transe.  Jean ne doute plus de son expérience.

Quelques mois plus tard, toujours dans le mème poste, Jean accepte d’importants challenges, et retrouve plaisir et détente au travail. Il s’est engagé en parallèle dans une exploration d’un talent artistique qu’il n’avait jusque-là jamais osé approfondir : la musique intuitive.

Définir le transpersonnel : entre dépassement du moi et mystère partagé

Par « expériences transpersonnelles », on désigne « des expériences dans lesquelles le sens du soi s’élargit au-delà de l’individu, pour inclure des dimensions plus vastes de l’humanité, du vivant, de la psyché ou du cosmos. Le transpersonnel est au croisement de la vie psychique d’un individu et de sa vie spirituelle.
Elles peuvent inclure :

  • des états d’unité ou de communion ;
  • des synchronicités (au sens jungien),
  • des visions symboliques ;
  • des intuitions soudaines,
  • des perceptions extra-sensorielles,
  • ou encore des présences perçues, non explicables par le seul référentiel psychologique.

Ces phénomènes ne relèvent pas d’une pathologie. Ils peuvent être profondément structurants, pour peu qu’ils soient accueillis avec discernement.

Ma formation jungienne, et mes propres expériences m’ont ouvert à ces espaces. Je les ai intégrés à ma pratique, sans les théoriser au départ. Aujourd’hui, je les reconnais pour ce qu’ils sont : des fenêtres sur le mystère, au cœur même de l’ici-et-maintenant.

Le processus transpersonnel : un état dit de « transe »

Ces moments où on s’affranchit de l’espace-temps se nomment états de transe ; le mot peut inquiéter mais il ne s’agit en fait que d’un état modifié de conscience que nous avons tous déjà connu. De nombreuses études montrent que la conscience n’est pas figée dans le temps, elle est dynamique comme le flux d’une rivière selon la métaphore de William James le père de la psychologie américaine.

En séance elle se vit comme une « brusquerie », une forme de rupture avec l’environnement habituel : cela se manifeste souvent par une confusion des sens, une sensorialité qui nous déloge de notre « attitude naturelle » dirait Husserl[2]. Le coach est bien souvent lui aussi saisi par l’état et c’est même cela qui va lui permettre d’accompagner son client.

Le paradigme transpersonnel : une co-création participative

Selon Jorge Ferrer, figure importante du paradigme transpersonnel, ces expériences ne sont pas seulement des « états modifiés », elles sont aussi des relations :

  • avec soi-même (intrapersonnel) ;
  • avec les autres (interpersonnel) ;
  • et avec le mystère, le sacré, le divin (transpersonnel).

La relation avec le spirituel, dans cette optique, naît d’une qualité de relation.
Le pouvoir du client, comme celui du coach, réside dans l’intention. Puis vient l’abandon — confiant — à ce « mystère participatif » qui co-crée avec nous.
Ce n’est pas un pouvoir magique. C’est une qualité d’être-avec, au fort potentiel transformateur pour l’individu, les groupes et les systèmes.

« Créalité » et constructivisme : ce que nous nommons devient opératoire

Dans cette exploration, Thierry Melchior, hypnothérapeute et philosophe, apporte un éclairage précieux. Il introduit le concept de « sujet métonymique » : un auteur de l’action que nous construisons pour donner un sens à un phénomène.

Peu importe que cela soit nommé « esprit », psychokinèse ou archetype inconscient, dans tous les cas, il s’agit d’une construction épistémologique qui permet d’agir.
Ce qui compte n’est pas la preuve de son existence, mais son efficacité transformationnelle.
Un symbole, une figure appelée « esprit » ou « figure spirituelle » est donc une créalité : une construction qui agit, dès lors qu’on lui accorde un statut. Et cela change tout.

Vers une validation scientifique ?

En parapsychologie expérimentale, des chercheurs comme Olivier Chambon, Julie Beischel ou Gary Schwartz tentent de valider, par des protocoles rigoureux, les interactions entre Conscience et matière. Mais ces recherches dérangent : elles bousculent le paradigme matérialiste et réclament un nouveau regard sur ce qu’est la Conscience.

Les découvertes en physique quantique (travaux de Philippe Guillemant, David Bohm, Amit Goswami …) et en médecine alternative (Bruce Lipton, Sam Parnia, Eben Alexander) contredisent aussi la conception physicaliste de l’humain. Elles suggèrent l’existence d’une Conscience au-delà du cerveau. L’humain n’est pas qu’un corps pensant et émotionnel, il est un corps énergique qui vibre de l’information et reçoit de l’information du champ invisible qui l’entoure. Le Dr Julia Mossbridge[3], postule dans son récent article que même le futur à une influence sur le passé, ce qui remet en question notre compréhension habituelle et intuitive du temps.

Dans cette perspective, pourquoi l’accompagnement des transformations ne passerait pas par l’écoute de champs d’informations plus vastes que le seul recueil d’un soit- disant « réél » dont on sait qu’il est perçu de façon très limitée ?

Le coach transpersonnel : une posture initiatique

Vivre ces expériences avec les clients ne se programme pas. L’expérience entre par effraction dans la séance.

Ce qui la distingue d’une pathologie psychotique est que la coaché reste observateur de ce qui se passe et non identifié. La plupart du temps, il doute de son expérience dès que le mental reprend ses droits.

Travailler avec le transpersonnel, ce n’est pas ajouter un outil de plus dans la boîte. Encore moins une nouvelle identité à la mode pour afficher un markéting différencié.
C’est une posture. Une maturité. Un chemin initiatique.

Cela suppose que le coach ait traversé ses propres ombres et ouvertures. Qu’il soit ancré.
Qu’il ait été mis en lien avec des dimensions plus vastes de l’être — par des expériences spontanées ou induites. Et pragmatique aussi.
Qu’il ait appris à recevoir, plutôt qu’à vouloir (ou savoir)
Qu’il ait compris que la transformation ne se décrète pas. Elle se traverse.

Dans d’autres cultures ces émergences sont « normalisées » et non pathologisées.

En conclusion : du coaching au seuil du mystère

J’ai la croyance que le coaching du futur devra savoir naviguer dans ces eaux profondes. Ce n’est pas à comparer avec la frontière interdite de la thérapie. C’est une opportunité de transformation profonde sans passer par la thérapie justement.
Là où l’intelligence artificielle ne pourra jamais aller.
Là où l’algorithme ne comprend rien à l’invisible.
Là où seule une conscience éveillée peut tenir la lampe.

Le mystère n’est pas un danger pour nos métiers. C’est leur horizon, selon moi.
À condition de le traverser les yeux ouverts, la boussole du discernement à la main, et l’éthique au cœur.

Et si vous ne vous sentez pas compétent, pensez à vous créer un bon carnet d’adresse pour que votre coaché puisse être accompagné dans ce qu’il vit de « non ordinaire ».

[1] « L’hypnose eriksonienne transpersonnelle : théorie et pratique », Nicolas DUMONT ed TREDANIEL 2024

[2] Edmund HUSSERL (1859-1938) fondateur de la phénoménologie

[3] https://www.newsbreak.com/earth-com-2402525/3995891077023-can-the-future-affect-the-past-yes-it-can-according-to-mind-blowing-new-Windbridge Research Center

 

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