(écrit sans iA) Je vais commencer cet article par une forme de « coming out » professionnel. Parce que pour parler de sagesse, je trouverai honnète de dire d’où je parle : un des aspects les plus intimes de ma vie.
Mon inspiration, dans ma manière d’accompagner des dirigeants, des équipes et des organisations, vient en grande partie de mon engagement spirituel : en l’occurrence la voie christique.
Je sais que cette phrase peut choquer dans le monde de l’entreprise. Elle dérange, inquiète ou suscite toute sorte de projections. Je ne parle pourtant ni de religion institutionnelle, ni de morale, ni de croyance à imposer. Je parle d’une voie intérieure, d’un chemin d’incarnation, d’humilité, de responsabilité, de rapport au pouvoir, à la relation et au service.
Contrairement à ce que l’on croit souvent, cette voie ne s’oppose ni au corps ni au sensible, bien au contraire. Elle invite à habiter pleinement l’expérience de la vie, à rencontrer ce qui est là, à répondre de ce que nous faisons aux autres, à ne pas céder à la peur. C’est une sagesse intérieure.
Et plus j’accompagne des dirigeants, plus une évidence s’impose : le monde de l’entreprise manque peut-être moins d’intelligence cérébrale que de sagesse.
Les débordements d’un pouvoir sans sagesse
Nous n’avons jamais eu autant de dirigeants compétents, informés, entourés d’experts, d’analystes et d’outils puissants. Et pourtant, quelque chose déborde.
Nous voyons des décisions prises trop vite, des organisations épuisées, des logiques court-termistes qui s’imposent, des postures de pouvoir qui se durcissent, parfois jusqu’à l’aveuglement. Non pas nécessairement par malveillance, mais par absence d’un espace intérieur suffisant pour contenir la complexité.
Aujourd’hui, les leaders sont entourés d’experts qui aident à répondre à la question : Comment faire ? parce que la logique problème/solution hypnotise. La compétitivité obsède. La performance s’affiche comme une « nécessité » qui ne se discute plus. Cela donne l’illusion de devoir maitriser et contrôler.
Et, presque sans s’en rendre compte, une question essentielle est oubliée : Faut-il le faire? maintenant?
Or ces deux questions ne sont pas du tout du même ordre. L’une est centrée « efficacité », l’autre est centrée sur le sens et la responsabilité du bien commun dans l’ici et maintenant.
Un pouvoir qui ne se connaît pas lui-même est dangereux : il confond puissance et toute puissance, observation et jugements, réseau et stratégies manipulatrices, présence sur le marché et compétition, rentabilité et quête de profit personnel….Et cela peut concerner n’importe quel dirigeant ou leader, sans s’en rendre forcément compte.
« La sagesse de l’homme avisé éclaire son chemin; la folie des insensés ne fait que les tromper » (proverbe 14,8)
Réintroduire la sagesse : l’intériorité comme clé de voûte
Autrefois, les rois et les dirigeants ne gouvernaient pas seuls. Ils s’entouraient de philosophes, de sages, de moines, parfois de mages. Non pas pour l’image, mais parce que l’on savait que le pouvoir, livré à lui-même, rend aveugle.
Aujourd’hui, nous avons remplacé ces figures par des experts.
On parle beaucoup de stratégie, de vision, de décision. On parle beaucoup moins d’intériorité.
L’intériorité est d’abord une rencontre avec soi et la découverte de ce qui nous échappe : nos zones d’ombre, nos attachements, nos mécanismes inconscients. Tout ce qui agit à travers nous sans que nous le voyions et qui, tant que cela reste inconscient, se répète dans nos décisions et nos relations. Cela se masque derrière des rôles, des fonctions, des discours maîtrisés.
Cette 1ere rencontre intérieure nécessite souvent un guide extérieur : coach, thérapeute, analyste de rêves, ami spirituel…mème si, hélas, beaucoup d’accompagnements visent encore trop souvent à échapper à l’inconfort et à satisfaire les quêtes d’un idéal de soi.
Si l’on accepte d’approfondir cette rencontre, sans fuir, autre chose apparaît. L’intériorité devient un lieu de stabilité, de discernement, de présence. Comme si une sagesse était déjà là. Une sagesse immanente, au cœur même de notre expérience. C’est là qu’apparait la spiritualité qui est pour moi un besoin naturel et universel : une quête de lien et de sens, religieuse ou non.
Et parfois, dans certaines ouvertures plus profondes, quelque chose d’autre se donne. Une dimension plus large que nous mème et qui nous traverse. Une sagesse qui dépasse notre volonté, notre mental, nos stratégies.
Là, l’immanent et le transcendant ne s’opposent plus. Ils se rejoignent dans une même expérience vivante.
Peut-être que la sagesse du dirigeant commence là. Non pas quand on apprend à diriger les autres, mais quand on accepte enfin de ne pas être le maître de tout et de faire appel à la sagesse pour discerner l’action juste dans l’ici et maintenant, selon le contexte.
« La sagesse, ne l’abandonne pas, elle te gardera, aime-la, elle veillera sur toi » (Proverbe 4,6)
Et cela, aucune intelligence artificielle ne pourra le faire à notre place.


Article écrit par Flavienne Sapaly

