(Article écrit sans IA) – L’inspiration de cet article vient de mes propres « errances » et de ce que j’entends beaucoup en ce moment dans mes accompagnements.
Changer de voie professionnelle n’est pas seulement changer d’activité. C’est souvent changer de peau.
Beaucoup sont surpris : le projet tarde à émerger, les certitudes se fissurent, aucune direction claire ne s’impose. Surgissent alors l’inquiétude et la frustration : Suis-je en train d’errer ? A quoi bon essayer de changer si c’est si long?
Quand le projet touche l’être, le temps s’allonge
Plus le changement est profond, plus il engage l’identité, plus une phase de vide semble inévitable.
Quitter un métier pour un autre, devenir indépendant, répondre à un appel intérieur plus discret : ce n’est pas seulement stratégique. C’est une désidentification. Or, se désidentifier prend du temps.
Carl Gustav Jung évoque que la désidentification passe par la rencontre avec l’ombre : « On ne devient pas éclairé en imaginant des figures de lumière, mais en rendant consciente l’obscurité. ». L’ombre n’est pas le « mauvais » en nous mais les aspects que nous avons inconsciemment choisis de ne pas laisser émerger et montré au monde.
La transition confronte aussi à cette question nue : qui suis-je sans mon titre, sans ma fonction, sans la reconnaissance associée ?
Ce temps peut ressembler à une errance. Il est surtout une mue.
Je nuance un peu mon propos : certains mutations, mème très importantes, se passent très vite. Tout s’aligne. Tout se fait sans effort comme un bébé qui nait tranquillement après un grossesse paisible. Une clé? pas sûr; j’observe juste que cela concerne des personnes qui se sont engagées entièrement et avec foi en ce qui en eux voulait vraiment naitre.
“Laisser faire la vie” : sagesse ou évitement ?
Certains me disent : « Je laisse faire la vie. »
Il existe un laisser-venir fécond, une disponibilité intérieure. Comme le rappelle Lao Tseu : « En laissant les choses suivre leur cours, tout s’accomplit. »
Mais le vide peut aussi devenir un refuge. Attendre évite parfois d’agir. Se dire que l’on “écoute les signes” peut masquer la peur de choisir, de s’engager, d’échouer, d’être déçu. Plus le désir est « absolu » de trouver LA place plus la peur est grande souvent.
La vraie question n’est pas : faut-il agir ou attendre ?
Mais : d’où part mon mouvement ?
- D’une peur qui fige ?
- D’une maturation silencieuse ?
- D’un élan vital qui cherche sa forme ?
- D’un désir d’être quelqu’un ?
Sans oublier une dimension très concrète : combien de temps puis-je m’accorder, au regard de mes responsabilités et de mes moyens ?
Le vide fertile et le discernement
Dans certaines transitions existentielles, un temps de vacuité s’impose. Rien ne semble avancer extérieurement, mais quelque chose travaille en profondeur. Ce n’est plus une « errance » mais un « retournement » vers soi.
Saint Jean de la Croix en parle en termes clairs parce qu’il l’a vécu : « Pour venir à ce que tu ne sais pas, il te faut passer par où tu ne sais pas. »
Mais toute attente n’est pas maturation. Le discernement consiste à interroger l’enracinement du projet :
- Est-ce un élan de vie ou une fuite ?
- Une blessure à réparer ou une vocation à incarner ?
- Une quête de reconnaissance ou de contribution ?
- De quoi je parle quand je parle de « laisser la vie me guider »? qui est « la vie »? a quoi je donne « autorité »?
Danser entre action et écoute
Sortir de cette tape de vide ne passe ni par l’activisme ni par l’abandon total.
Il s’agit d’instaurer une danse :
- poser des actes concrets pour éprouver le réel,
- cultiver des temps d’intériorité pour ajuster,
- observer les fruits plutôt que les fantasmes.
L’action révèle.
L’écoute ajuste.
Dans certains cas, le vide doit être respecté.
Dans d’autres, il doit être traversé.
Un espace d’accompagnement peut alors aider à nommer la mutation en cours, à distinguer appel intérieur et réaction défensive, et à clarifier ce qui cherche à naître. Et surtout, le grand risque est de rester seul.
La transition professionnelle n’est pas seulement une stratégie de carrière. Elle peut être une étape d’individuation, une recherche de cohérence plus profonde. Les rêves peuvent être un support particulièrement riche.
La question n’est peut-être plus alors : La transition implique-t-elle l’errance ?
Mais plutôt :
Quel ancien « moi » suis-je en train de quitter, et quel être cherche à prendre forme à travers ce temps d’incertitude ?


Article écrit par Flavienne Sapaly

