« Aidez moi à me débarasser de ma colère »

3 Déc 2025

Article écrit par Flavienne Sapaly
Mob : 06.82.56.38.99
Mail : flavienne.sapaly@humanart.fr

Coach Accréditée EIA Praticien senior et ESIA superviseur

Organisme de Formation Humanart certifié Qualiopi

Certains clients l’avouent : « Moi je suis cash ». « Je m’agace vite. » « Je m’impatiente. » « Je râle. » « Je boue, et de temps en temps, çà pète ! » « Je peux être agressif, cynique, critique…et j’aime pas çà de moi. »

Dans l’entreprise (et la société en général), la colère n’a pas bonne presse. C’est comme un associé un peu trop bruyant, qui débarque en réunion sans y avoir été invité, renverse sa tasse de café et repart en claquant la porte :  on veut s’en débarrasser….mais impossible.

Oui mais voilà…Ce qui explose, la plupart du temps, ce sont les archives de colères non exprimées, entassées depuis des années dans une réserve interne dont personne ne gère plus les stocks. Et quand la réserve déborde… ça explose ou çà s’investit dans beaucoup d’activisme.

C’est humain. Et çà laisse pas en paix.

La colère, la vraie, la « sainte colère »[1]c’est un signal clair : “Je suis. J’existe.”
Un signal de dignité.
Un signal d’alignement.
Un signal que quelque chose, quelque part, ne nous respecte pas.

Dans notre éducation, dans nos organisations, dans nos rôles sociaux, le « je suis » a souvent été prié de se faire discret : « Ne fais pas de vagues. », « Reste professionnel. », « Tais-toi, ça passera. À force de se taire, le « je suis » se ratatine. Et lorsque l’espace est trop étroit, il finit par exploser ou se manifester sous des formes plurielles (pression, jugements critiques, exigences, passages à l’acte, ton méprisant, attaques sur les réseaux sociaux, …). Plus je voudrais contenir la colère plus elle s’exprime par surprise, et jamais au bon moment.

Mais derrière ces « formes » se cache quelque chose de beaucoup plus discret, et infiniment plus humain : une part de nous, inconsciente, et vulnérable. Une part de nous que l’on aimerait bien tenir à l’écart, parce qu’on a peur de son pouvoir de destruction, peur des conséquences si elle s’exprime, peur de *…[3]

*Peur d’être ignoré, pas important et/ou Peur d’être humilié ou jugé, pas compétent et/ou Peur d’être rejeté ou trahi, pas aimé …et accepter ces parts de nous qui sont vulnérables, les sentir et apprendre à les intégrer et vivre avec, est tout un chemin.

Personnellement, je suis très agacée par l’IA-idolâtrie : j’ai peur qu’elle dévalorise mon métier; de ne plus pouvoir exister comme coach professionnelle ; de perdre tout ce que j’ai construit. La colère ne fait alors que son travail : elle monte la garde pour protéger cette part vulnérable, silencieuse, qui a si peur de disparaitre.

La triste Ironie du sort c’est que ces « formes de la colère »  s’expriment souvent avec les seules personnes qui nous aiment vraiment, celles auprès desquelles nous baissons la garde. Parce que là, au moins, notre « je suis » espère avoir enfin le droit d’exister. Personnellement, je ressens de l’agacement pour les personnes qui sont attachées à leur téléphone.

Que faire alors ?

Peut-être commencer par une question plus juste : « Que ne suis-je pas encore en train de dire sur ce qui ne me respecte pas ? ». « Qu’est-ce que je ravale, encore et encore, pour « tenir », pour « faire bonne figure », pour éviter le conflit, pour maintenir la paix sociale… mais au prix d’une guerre intérieure ? ». Quelle vulnérabilité, ma colère protège ?

Là où ça se complique c’est quand la colère concerne quelqu’un d’autre.

Quand la colère concerne quelqu’un d’autre, les peurs se font encore plus vives.

Et ce n’est pas une technique qui règle le problème! Dans ces moments-là, la peur du conflit nous pousse souvent à utiliser des outils “civilisés” : la Communication Non Violente (qui est bien plus qu’un « outil » vendu pour apprendre à « communiquer »), le “je me sens… quand tu…”, les mails posés et bien structurés, et toute la panoplie des « on reste calme ». 

C’est beau sur le papier. Mais dans les collectifs, soyons francs… ça rate souvent sa cible.

Pourquoi ? Parce que quand la colère est encore vivante en nous, quelles que soient les techniques de communication, elles deviennent un joli emballage posé sur une énergie qui bout encore dessous.
On parle “calmement”… mais rien ne se résout vraiment.
On arrondit, on ravale, on s’adapte. Et çà pète plus fort, plus tard.

Je le répète souvent aux personnes que j’accompagne.
la violence ne naît pas du conflit, elle naît des stratégies pour l’éviter.

Trouver un espace bienveillant pour vivre l’énergie, et pas juste la verbaliser.

C’est ce que dit Arnold Mindell [4]: « Il y a de l’énergie dans le conflit, et c’est en l’exprimant qu’on peut le résoudre. » Plus on plonge dans l’émotion, plus on en sort vite. L’accompagnant peut même avoir pour rôle de l’amplifier.

Et je le constate chaque jour : la colère n’a jamais détruit une relation quand son énergie a pu se vivre quelquepart. Ce sont les stratégies d’évitement et les vernis bien intentionnés qui créent la violence.

La colère, elle, si elle circule, fait juste son travail : elle protège, elle révèle, elle remet droit, elle clarifie. Et quand c’est plus clair je peux avoir une intention positive en allant parler à l’autre : l’intention de mieux coopérer, de trouver des solutions à nos difficultés, de nous aligner…tant que l’intention n’est pas claire, rien ne sert de parler.

Regarder ailleurs

Plus je focusse sur ma colère plus elle se manifeste. Plus je veux la retenir, plus elle se manifestera quand vous ne l’attendez pas. Regarder ailleurs c’est regarder deux choses différentes.

  • C’est rencontrer la part blessée qui cherche à dire « je suis », « j’existe, respectez-moi » : qui est-elle ? depuis combien de temps est-elle en vous ? Quelle est son histoire, son discours ? qu’est ce qu’elle voudrait vivre et qu’elle ne vit pas ? comment la prendre et compte ? la considérer ?
  • C’est poser le regard sur ce qui vous apaise : un lieu, un environnement, un projet…non en niant la part vulnérable mais au contraire : comment créer un espace où tout de vous peut exister : la part vulnérable et la part qui, en paix, a envie de donner du sens à sa vie.

Parce qu’un leadership mature ne consiste pas à éviter le feu. Il consiste à apprendre à marcher dedans… sans se brûler.

Je crois fondamentalement que de la paix de chacun, dépend la paix du monde. Et peut être que pour cela nous devons justement prendre en main toutes ces colères qui, en ce moment s’expriment de façon très désorganisées.

[2] En référence à « la sainte colère » de Lytta BASSET , ed Labor et Fides 2006

[3] En référence à l’approche Elément Humain © de Will Schutz

[4] Arnold MINDELL : Psychothérapeute et jungien, auteur de « S’assoir au cœur du feu », père de l’approche « Processwork »

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