Dans les supervisions comme dans les formations, j’observe combien les coachs portent une crainte cachée : mal faire, être jugés, rater une intervention, ne pas produire “le bon résultat”. Comme si tout reposait sur leurs épaules.
Or cette tension est précisément ce qui entrave l’action juste.
La Bhagavad Gita[1] nous rappelle pourtant une loi simple : « Tu as droit à l’action, mais jamais à ses fruits. »
Ce n’est pas l’action qui fatigue ou qui piège : c’est l’appropriation intérieure, la croyance d’être l’auteur, le contrôleur, celui qui doit réussir.
- Agir sans s’approprier l’action n’est pas ne rien faire
Beaucoup confondent l’absence d’auteur avec l’absence d’action.
Mais agir sans se prendre pour l’acteur principal, c’est simplement retirer la tension superflue : la peur d’être jugé, le besoin d’être reconnu, la volonté de bien faire, ou la crispation sur un résultat.
L’action demeure, mais elle cesse d’être contaminée par nos contractions.
- Deux niveaux coexistent en permanence
Dans l’expérience d’accompagnement, deux plans apparaissent :
-Le témoin : silencieux, immobile, qui observe.
-Le corps-mental : ensemble vivant d’émotions, perceptions, gestes, paroles.
L’action naît du corps-mental, mais la charge intérieure vient du fantasme que “moi” j’en serais l’auteur.
Ce n’est pas l’action qui use, c’est l’histoire qu’on lui ajoute. Lorsque cette histoire tombe, il reste une action plus simple, plus fluide, plus précise.
Et quand on agit depuis le témoin, alors on agit depuis la paix, et non pour atteindre la paix. Il ne s’agit jamais de renoncer à l’action.
Mais de reconnaître que la paix précède le geste, et que l’action la plus juste naît de cet espace-là.
- Comment relâcher le frein intérieur.
Vouloir être parfait, ne pas se tromper, aider coûte que coûte ou contrôler la relation revient à avancer avec le frein à main tiré : une part de l’énergie agit, l’autre résiste.
Quel est votre frein personnel ? On le perçoit dès que notre espace intérieur se ferme.
Chaque coach doit trouver le moyen lorsque la contraction de l’espace survient, de retrouver son ouverture : cela peut prendre un peu de temps. Il arrive même que l’on en parle au client : une metacommunication sur ce que vit le coach ou ce qu’il se raconte, ou ce qu’il fait est très souvent non seulement modélisant mais très éclairant sur ce que le client vit lui-même.
Lorsque l’on cesse d’être contracté intérieurement, vouloir convaincre, éviter un silence, démontrer son expertise, la posture s’ouvre.
Alors :
- l’écoute devient plus vaste,
- les questions émergent d’elles-mêmes,
- les limites se posent sans dureté,
- la parole devient plus rare mais plus juste,
- le corps devient antenne,
- l’intuition circule.
Ce n’est pas l’action qui disparaît lorsque l’ego se retire : c’est seulement l’acteur imaginaire.
- Un chemin de maturité professionnelle pour les coachs
Agir sans se croire auteur n’est pas une idée spirituelle. C’est une compétence de métier, une hygiène intérieure qui transforme :
- la qualité de présence,
- le rapport au résultat,
- la manière de poser un cadre,
- la gestion de la frustration,
- la relation à l’autorité,
- la perception du client et du processus.
C’est un déplacement qui enlève du bruit… et libère la lucidité.
Pour nous, coachs, c’est l’un des déplacements les plus féconds de notre pratique : accompagner sans vouloir, sans pouvoir, sans savoir, et laisser agir ce qui agit.
[1] La Bhagavad Gita, terme sanskrit se traduisant littéralement par « chant du Bienheureux » ou « Chant du Seigneur », est la partie centrale du poème épique Hindou Mahabharata.


Article écrit par Flavienne Sapaly

