« J’entends beaucoup de coachs parler de développer leur puissance, j’en entends moins parler de développer leur humilité. Et pourtant n’est ce pas les deux faces d’une même pièce?
Cet article se veut un témoignage après plusieurs années d’expérience, de ce que je comprends aujourd’hui de l’Art de l’accompagnement qui me passionne. Un propos que je souhaite ouvrir au débat et au partage. »

« L’humilité est l’intelligence de celui qui ose. La modestie, l’orgueil de celui qui n’ose pas »
(Tariq Demens, Diaphorismes p76)

Le trac de l’artiste illustre à merveille cette citation. Le véritable acteur ou musicien a conscience au moment d’entrer sur scène, que tout ce qu’il sait (son texte, sa partition), tout ce qu’il sait faire (sa technique), tout ce qu’il maitrise, tout cela est cruellement insuffisant. Pour que l’art ait lieu, il faut plus : il faut « cela » qui ne peut être donné que si l’on se dispose à le recevoir, et qui est de l’ordre du mystère : cette présence, cette justesse – la grâce. L’artiste a peur, car il sait que l’aventure de la scène est au delà de ses seules forces. Mais il y va quand même, il ose dans l’espèrance que lui soit donné ce qui le dépasse et donne sens à l’aventure de son art et de sa vie.
Le trac est l’humilité de l’artiste. Le terreau de l’inspiration et de la grâce.

L’humilité en coaching c’est l’attitude de celui qui a compris que l’art de l’accompagnement dépasse ses seules compétences : il ose lâcher son savoir, ses techniques, tout ce qu’il maitrise pour faire place à la grâce et au mystère de l’instant et de la relation. Il ose affronter la peur. : peur de l’inconnu, peur de ne pas être apprécié, de ne pas être reconnu compétent etc…
Et il est bien des manières d’éviter la peur! Celle du téméraire qui ne la connait pas parce qu’il agit sans conscience, appliquant ses protocoles dans l’assurance de « bien faire ». Celle du « routinier », qui neutralise son effroi en s’abstenant d’aller vers ce qui l’effraye. Lui est conscient mais n’agit pas. La peur repose sur le sentiment que je ne contrôle pas tout, que mon système de défense ne me rend pas invulnérable : la peur est une connaissance : je ne suis pas tout puissant. Etre humble, c’est donc d’abord comprendre les limites inhérentes à sa condition. En cela l’humilité est une intelligence. Mais cela ne suffit pas.
Car comprendre ses propres limites c’est aussi le risque de s’y laisser enfermer. On s’en contente. On n’a pas la « prétention » de dépasser sa condition…. humilité?
Je suis alors modeste dans mes ambitions, modeste dans ma conception de la vie, fier d’être modeste, puisque l’usage fait de la modestie une vertu.

Beaucoup de coachs s’inhibent et évitent d’agir selon le guide de leurs petites voies intérieures, de leurs ressentis, de leurs intuitions etc…autant ceci est une étape saine pour le coach débutant qui n’a pas encore intégré les fondamentaux de sa pratique et n’est pas aguerri à la présence et à la conscience de lui. Autant l’art du maitre coach sera de renoncer petit à petit à ses repères, car tel le jardinier, il fait de son mieux mais dépend de facteurs qui le dépassent.

Comment puis-je « prétendre » être humble?
Etymologiquement Humilité, Humus et Homme se rejoignent.
L’humus n’est qu’une décomposition de matière organique mais sans lui les systèmes vivants ne pourraient se regénérer. L’humilité est la décomposition de l’ego de l’homme par lequel le neuf peut arriver.
Toutes les traditions spirituelles font honneur à l’humilité. Au plus proche de notre culture, Saint Jean Climaque de la tradition chrétienne parle de l’humilité en disant : « Vous serez vraiment humble quand vous garderez votre cœur pur, que vous ne direz pas du mal de votre voisin même si vous voyez qu’il fait encore des fautes. Tout ce que vous dites doit être accompagné d’un détachement complet de la vaine gloire. »
Il y a des signes d’après lesquels chacun peut se rendre compte s’il a dévié de la voie de l’humilité ou non. L’un consiste à conscientiser le but pour lequel on fait une certaine action. Si le but est (consciemment ou inconsciemment) d’obtenir un « c’est grâce au coach que le chemin de changement a été fait» alors cette action ne reflète pas l’humilité, ne la développe pas.
Lorsque, de manière ouverte ou en secret, inavoué même à soi-mème, nous sommes encore intéressés à être apprécié, récompensés, reconnus par les autres comme étant supérieur, compétent, « sages », nos résultats restent subordonnés à l’ego, au faux « moi » qui prend la place de la réalité tous les jours.
L’humilité provient de la compréhension, de l’ouverture du cœur, de la soumission devant la puissance de ce qui pousse chacun à grandir. Lorsque nous sommes en mesure de sentir cette puissance à l’œuvre dans chaque être, nous pouvons clairement distinguer entre l’individualité de l’homme et ce qui se trouve au-delà. La force intérieure pour faire cette différence est appelée humilité.

Acquérir cette vertu, se fait de plusieurs façons. Saint Jean Climaque donne quelques indices :
• «Certains deviennent humbles à cause des maux qu’ils ont commis et qui les ont fait franchir les lois de la nature. S’ils se sont remis et ne se laissent plus trompés pour entrer en conflit avec le monde, à la fin ils vont acquérir l’humilité.»
• «D’autres ont acquis l’humilité – qui est la mère de tous les dons – par les tentations auxquelles ils ont été soumis, par les maladies et les échecs qu’ils ont endurés et qu’avec le mystère de la vie ils ont surmontés, là où ils pensaient en mourrir.»
• «Enfin, il y en a d’autres, bien que je ne peux pas dire s’il y en a encore aujourd’hui, qui, plus ils reçoivent des cadeaux de la vie, plus ils deviennent humbles.»
L’un des moyens les plus efficaces d’éveiller en nous l’humilité est de nous placer aussi souvent que possible à l’unisson avec le présent de la relation.
Voilà pourquoi il ne suffit pas d’être persévérants et de faire ce qu’il faut pour acquérir des savoirs, des techniques, des protocoles, être supervisé afin d’obtenir certains résultats. Ce sont des conditions nécéssaires mais non suffisantes.
Le degré d’humilité présent en nous est directement proportionnel à notre capacité de reconnaître en nous, l’infinie fragilité de notre humanité qui fait que sans un «au-delà de nous», sans l’énergie de vie et d’amour qui traverse la relation d’accompagnement, nous ne réussirions pas.
La puissance du coach est dans ce mystère et c’est en accueillant ce mystère que nous pouvons la manifester.