En cette période de ma vie où je fais le constat de mon erreur d’orientation, je contemple le mot « s’’orienter » : quel joli mot que celui-là !
S’orienter c’est trouver son orient.

Chacun d’entre nous, qu’il en ait conscience ou non est en quête de ce point cardinal où le soleil se lève, à savoir l’est.

Cette quête vient d’une loi de vie qui pousse chaque homme à devenir lui- même, quelques soient ses inhibitions et son histoire. C’est un pattern universel : toute chose a vocation à réaliser ce pour quoi elle a été conçue. Selon ce principe, le fruit du chêne, le gland, va subir plusieurs métamorphoses avant de devenir un chêne. Et il en est ainsi pour chaque organisme vivant.

A défaut, nous sommes « à l’ouest » comme nous l’indique la vox populi.
En d’autres termes, nous vivons à coté de nos pompes.

Pourquoi partir dans le mauvais sens en étant parfois persuadé que nous suivons la voie juste.
Être à l’ouest signifie passer à côté de soi, s’être lâché la main : et cette orientation erronée nous inscrit dans l’existence, étymologiquement en dehors de l’être.

Quelles sont les conséquences de cette désorientation ?
Exister devient alors plus important qu’Être.
Exister, nous oblige à trouver des raisons de vivre au lieu de nous réjouir d’être vivants : on confond la vie avec l’expérience que nous en avons et compensons notre déficit d’Être par de l’avoir comme l’illustre magnifiquement notre société de consommation.
Quand notre pulsion d’orientation reste archaïque, elle se transforme en errance et érige en valeur absolu, ce qui s’oppose à la vie elle-même.
On recherche à l’extérieur ce qui est à l’intérieur au travers d’un nouvel emploi, un nouveau compagnon, une nouvelle maison, une nouvelle passion…comblant ainsi l’inconfort généré par notre appel à Être.
Sachez que vivre ne demande pas d’effort, alors qu’exister en demande beaucoup.
Est un hasard si l’Est s’entend comme le verbe Être conjugué au présent à la 3e personne du singulier ?

Trouver son EverEst, c’est rencontrer ce qui est lumineux en nous : trouver le sacré en nous.
Il s’agit de s’élever au-dessus d’une condition humaine qui nous condamne à demeurer dans la vallée des larmes décrite dans la bible.

CG JUNG nomme cette voie le processus d’individuation (et qui n’a rien de commun avec le chemin d’individualité) : un chemin psychique et affectif pour découvrir le goût de soi et le goût de l’autre et parvenir enfin à l’altérité.
L’altérité est la signature de la maturité affective et psychique qui fait tant défaut à notre humanité. Cette immaturité est à l’origine de comportements archaïques où aimer est confondu avec posséder, où la manipulation et la chosification de l’autre génère des tissus relationnels carencés menant aux abandons, dominations, trahisons, perversions etc…

Alors qu’est ce qui refuse de grandir et de s’orienter en nous ? pourquoi tenir vent debout, solidement enraciné dans son intériorité, est un chemin si peu fréquenté ?
Pourquoi préfère-t-on les sirènes et potions magiques qui promettent de nous dévoiler qui nous sommes à coup de profils de personnalités ou autres programmes miracles, à l’intériorité et l’individuation, ?

La psyché collective nous laisse croire que nous pouvons évoluer à coup de vouloir, de rationalité, de persévérance.
La psyché est un labyrinthe dont l’exploration peut paraitre laborieuse et dont tout tentative de synthèse serait imparfaite.
Le mouvement qui nous pousse à trouver notre orient échappe à toute rationalité et nous perturbe plus souvent qu’il nous rassure.
Pour ceux qui découvrent leur vie du dedans, sachez que l’exploration de la vie psychique est confrontante.
Mais elle ouvre des espaces inexplorés de notre personnalité qui nous fait découvrir que nous sommes bien plus grands que le moi restreint auquel nous nous identifions.

C’est là l’essentiel : en chacun de vous, un trésor caché réclame votre attention pour qu’advienne celui ou celle que la vie a désiré que vous soyez et non celui ou celle que l’histoire a façonné.