J’observe ces derniers mois que les projets professionnels inspirants et inspirés que mes clients font émerger, sont de plus en plus en lien avec l’acquisition ou la création d’un lieu espace de vie personnel et professionnel, aux vocations multiples et variées selon les personnes.
Cela a toujours été le cas, mais ce qui m’interpelle est l’augmentation significative de ce phénomène. Moi-même, ce rêve me chatouille régulièrement.
J’ai donc décidé de partager avec vous mon questionnement sur les fondements véritables et symboliques de ce désir?

Bien sûr, il y a des raisons extérieures : dans une ère chargée de sujets de stress (économiques, écologiques, sociologiques …), vouloir se regrouper ou s’enraciner par un retour à la nature ou se poser, est un moyen de retrouver de la sécurité.

Mon propos serait d’examiner en quoi cette quête se fait l’échos d’un processus intérieur.
1. Je suis convaincue que le « chez soi » est un point de départ, mais pas un point d’arrivée.
Et c’est peut-être précisément ce qui donne le courage de toute traversée : avoir d’abord connu un « chez soi » où malgré les difficultés, on a pris soin de nous-mêmes.

2. Avoir un « chez soi », terre d’accueil pour les autres, est aussi tout un symbole : quel est ce lieu intérieur auquel j’aspire si ce n’est un « chez soi » des profondeurs, réponse à un appel immuable à tout être humain, d’aller vers l’Altérité avec un grand A. Le lieu devient alors un projet censé représenter une réponse à nos aspirations et donner un sens à notre vie.

Ce mouvement de vouloir partir vers un ailleurs, vu comme un idéal, n’est-il pas en grande partie la projection sur un lieu de ce qui en nous qui demande à s’accomplir : un lieu où chacun espère pouvoir être enfin être libre d’être soi mais en lien avec les autres et le mouvement de la vie que représente la nature.

Pourquoi pour certains, faut-il briser cet enclos du « chez soi » actuel pour vraiment exister (être en dehors de soi) ? C’est souvent un mal être avec sa place dès lors qu’il s’agit d’aller hors d’un espace où l’on se sent à l’étroit, parqués, marginalisés, mis à l’écart, enrôlés à une place prédestinée.

Il est utile dès lors de nommer ces espaces réels, ou symboliques, qui sont trop denses, trop étroits, trop déserts ou trop emplis des autres, où l’on se sent si limités, que « quitter » est la seule alternative.
Le risque sinon, est que cet idéal de lieu extérieur ne soit en fait que le symbole du mouvement intérieur à faire et qui, s’il ne se fait pas, nous fera revivre inlassablement nos vieux schémas.

Que faut-il briser pour se sentir être à sa place ? l’ancien testament nous répond « lek lehra », parole dite à Abraham et qui signifie : « quitte ton pays, ta parenté et va vers toi ».

« Déménager, c’est d’abord « quitter », et le choix de ce qu’on laisse ou de ce qu’on emporte dans ses cartons et sa mémoire, n’est pas toujours simple;  on sait ce qu’on quitte (le sait-on vraiment ? ), on ne sait pas ce qu’on va trouver… sans doute encore soi-même, une autre part de soi-même, un autre inconnu ? » nous dit Jean Yves Leloup (1)

Bien sûr le choix d’un environnement propice à notre croissance est très aidant pour aller vers nous même. Mais comme dans le yoga, ce n’est pas le geste qui est au service du mouvement mais le souffle qui impulse le geste.
Ainsi ne nous leurrons pas que ce n’est jamais le lieu qui fait notre mouvement mais notre mouvement intérieur qui fait venir le lieu.
Il se pourrait sinon que tout faire pour trouver une place au travers d’un lieu nous amène à manquer notre place véritable dans le monde. Ou plus exactement, nous conduise à naviguer dans un entre deux, comme si l’on restait attaché à cette expérience du passage, de la traversée des mondes.

Certains souffrent de cet « entre deux » : comme si la dynamique de l’insatisfaction et d’une soif jamais étanchée s’était imprégnée en eux telle une caractéristique de personnalité.
D’autres vivent cet « entre deux » confortablement : une oscillation entre le mouvement intérieur et extérieur, un doux rêve permanent tendu vers une futur souhaitable jamais vraiment présent.

La question à se poser ne serait elle pas plutôt : est ce que j’habite ma vie intérieure, mon corps ?

Il y a sans doute un « espace du dedans » où je me tiens, un socle émotionnel qui constitue mon habitude d’être, mais il y a aussi des zones blanches que je n’habiterai jamais, des zones inconnues que je dois rencontrer.  Alors, nos lieux de vie auraient vocation à  changer au fur et à mesure de notre évolution.

Arrive-t-on un jour chez soi, c’est-à-dire à être vraiment soi ?

Notre ultime demeure est-ce la tombe ? Là où on est sûr de ne pas se raconter d’histoire et de ne plus se mentir.

Jean Yves Leloup suggère : « Ne pourrait-on pas commencer par se taire, être là, sans regrets, sans attentes d’un lieu qui nous sera favorable? Déménager de notre mental vers notre cœur ? »

Réflexions à méditer : vos expériences et réflexions m’intéressent. 

(1) Jean Yves Leloup, philosophe et prêtre orthodoxe, Les extraits viennent d’un article nommé « metoikesis » paru sur le site Graine de conscience

Ecrit par Flavienne SAPALY
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Mail : flavienne.sapaly@humanart.fr

Coach Accréditée EIA EMCC
Superviseur Certifié CSA
Consultante formateur agréé expert ICPF et PSI