L’intelligence émotionnelle apparaît parmi les 10 compétences recherchées en 2020 alors qu’elle était absente de tout référentiel en 2015. (source 2017: rapport du Forum Économique Mondial, intitulé « L’avenir de l’emploi »)

Cependant je constate que la plupart des personnes qui souhaitent un coaching ou une formation sur ce thème, font la demande suivante : «aidez moi à gérer mes émotions ? ».

Quelles illusions derrière ce désir de « gérer » ses émotions ?
Nous sommes bien obligés d’admettre que nous sommes nombreux à ne plus vouloir être contrariés, déçus, déstabilisés, « privés » de nos moyens par nos émotions et celles des autres. N’est ce pas légitime ?
« Gérer » nous semble donc la bonne et d’ailleurs la seule solution.
Les idéologies véhiculées par notre époque faisant la part belle au narcissisme triomphant, nous sommes sensés trouver les stratégies efficaces pour moins éprouver, moins nous laisser débordés, mieux penser, mieux réagir, et ainsi donc mieux vivre.
L’émotion est à bannir…enfin certaines. Car nous opérons des distinctions. Il y aurait les bonnes émotions d’un coté et les « mauvaises », les « négatives », les toxiques » de l’autre.
Nous voilà donc à épier nos états d’âme pour savoir si nos peurs ont le droit d’exister, si nos colères sont fondées, si nos coups de blues sont acceptables…ou pas. Il y a les émotions que nous pouvons oser et les autres à gérer.

L’illusion c’est de croire que les émotions relèvent du « privé » et doivent s’accrocher au vestiaire avant d’entrer en entreprise.

L’illusion c’est de croire aussi que l’esprit peut contrôler le corps…à moins d’un entrainement spécifique.

Petits arrangements pour un émotionnel « correct »
Dans le monde de l’entreprise, les chevaliers en armure sont plus appréciés que les agneaux sensibles. Chacun, selon son style, fait face, comme il peut, au dragon des émotions soudaines, au serpent des sentiments durables.
Quels sont ces petits arrangements en entreprise pour faire face aux …(chut!)?

-Fuir en évitant de ressentir
Quand les émotions montent lors de situations tendues, de conflits latents, de pression extérieures etc…la meilleure façon de fuir c’est l’agitation : on s’active (voir hyper-active), on bouge, on se détourne du problème, on anticipe pour qu’il n’y en ait pas , on cherche des solutions qui rassurent, on avance quand même, on fait de l’humour, on positive, on respire et on fait des stages de sophrologie. Bref, on fait tout ce qui est sensé garantir le bien être en tachant d’éviter soigneusement toute situation d’épreuve émotionnelle.

-Contrôler et lutter contre
En entreprise, « gérer » est souvent associé à contrôler et maitriser : les méthodes ne manquent pas : depuis celui qui crie plus fort que les autres ou contrôle sa vie en rejetant en bloc tout ce qui le fragilise, à celui qui cadre et organise tout au millimètre pour éviter l’incident. Donc on reste à la hauteur en maitrisant ce qui se passe à l’intérieur comme à l’extérieur : on serre les dents, on râle, on lève d’un ton, on fait des stages d’affirmation de soi pour apprendre à dire non, on met en place des procédures, on fait pression, on prend sur soi, j’en passe et des meilleures…

-Raisonner et expliquer l’émotion
Beaucoup plus politiquement correct est la stratégie de l’homme de raison, qui fait face à ses vagues émotionnelles en cherchant à comprendre, à rationaliser, à trouver des causes à ses noeux à l’estomac. L’idée sous jacente est que si nous travaillons sur nous à comprendre en quoi ce qui nous traverse trouve sa source dans notre histoire ou dans des besoins insatisfaits va nous faciliter la prise de recul. Les neurosciences nous expliquent désormais, pourquoi et comment nous éprouvons.
Seulement voilà! les émotions ont leur raison que la raison ne connaît pas.
J’ai beau comprendre… «c’est plus fort que moi!».

En réalité nous sommes nombreux à avoir introjecté que « ressentir » n’est pas approprié et en même temps à nous demander comment faire face à ces « c’est plus fort que moi!»

Vite vite, donnez moi les clés pour faire face….
Si le QI se développe jusqu’à 21/23 ans selon notre sexe, l’intelligence émotionnelle se développe jusqu’à la fin de notre vie. Ouf.
Les émotions ne sont pas une question d’intelligence au sens mental du terme, ce qui nous ramènerait encore et encore à un savoir à acquérir.
L’émotion est une fonction corporelle qui nous permet de nous adapter à une situation évaluée par notre cerveau comme un risque, une menace ou une perte.
Quelles clés pour en faire une alliée?
-Conscience : accueillir et reconnaître l’émotion.
Et là çà s’apprend! Notre corps nous envoie en permanence des signaux sensoriels, une forme de langage subtil qui nous informe de notre « évaluation » de la situation : un estomac qui se noue, le coeur qui vibre, les mains qui s’agitent, une oppression dans la poitrine, un mouvement de recul… Plus tôt, nous sommes en mesure de repèrer ces signaux, plus vite nous pouvons identifier le déclencheur et agir en conséquence. Acquérir le langage émotionnel qui permet de décrire ces sensations est un plus.

-Empathie : être moins « intelligent » et plus « intime »
Reconnaître ne suffit pas, nous devons accepter les émotions qui nous traversent.
Et c’est là que le bas blesse! Car au nom de la « performance », les émotions jugées comme signe de notre « vulnérabilité » sont encore inacceptables.
Cette habilité à nous connecter intimement à nous même mais aussi aux autres, consiste à accepter profondément tout ce qui nous habite, y compris le plus vulnérable, siège de nos fragilités émotionnelles.
Pouvons nous nous accepter triste, en colère ou effrayé? Pouvons nous accepter cela des autres, sans les juger?

-Responsabilité : choisir plutôt que subir
Nos émotions ne sont pas LA VERITE, elles mesurent notre perception subjective d’une situation, et cette évaluation est le fruit de nos pensées et croyances, de nos blessures.
Prendre la pleine responsabilité de ce qui nous arrive pour agir au mieux peut prendre des formes multiples : parler nos émotions est la forme la plus plébiscitée par les techniques diverses de gestion des émotions, mais elle n’est pas le remède à tout. Il convient parfois de nous reculer dans le silence intérieur pour simplement traverser la sensation ou retourner à la source personnelle qui a fait naitre ce sentiment. Un geste ou une décision de changement sera parfois plus utile encore. Exprimer ce qui se vit dans l’intimité des toilettes de l’entreprise, est tout à fait recommandable et nous permet, tels les enfants, de rapidement passer à autre chose.
D’une façon générale, plus nous prenons le temps de prendre rendez vous avec nous même, plus nous pouvons trouver des modalités adaptées de faire face.

Est ce impossible du fait même que nous sommes en entreprise?
Non, mais la première vérité est que nous avons peur et que, au nom de relations diplomatiquement correctes, des « soit fort si t’es un homme », nous préférons ne pas parler, ne pas agir, ne pas trop perdre de temps à regarder au dedans.
Quel dommage!
L’entreprise est selon mon expérience LE lieu où se vivent le plus d’émotions refoulées.
Ne nous étonnons pas des débordements!

Article de Flavienne SAPALY, Coach accréditée EMCC, certifiée Coach and Team©, Superviseur certifié CSA, Consultant formateur expert leadership et changement accrédité ICPF et PSI

Bibiographie recommandée
Isabelle Filliozat « Que se passe t-il en moi » ed poche Marabout 2013
Daniel Goleman « L’intelligence émotionnelle », intégral »ed J’ai lu 2014
Jean Marie BURGAT « Manager avec l’intelligence émotionnelle » ed Intereditions 2016
Catherine Aimelet-périssol « Emotions : quand c’est plus fort que moi » ed Leduc 2017