« Réussir », un conditionnement qui coûte cher…

15 Jan 2026

Article écrit par Flavienne Sapaly
Mob : 06.82.56.38.99
Mail : flavienne.sapaly@humanart.fr

Coach Accréditée EIA Praticien senior et ESIA superviseur

Organisme de Formation Humanart certifié Qualiopi

« Il faut réussir. »
La phrase revient comme un refrain dans les coachings de dirigeants, de leaders, de managers.

Réussir sa mission.
Réussir à convaincre ses collaborateurs.
Réussir à prendre les bonnes décisions en comité de direction.
Réussir les objectifs.
Réussir sa présentation devant un auditoire d’experts.
Réussir sa vie sociale, professionnelle, personnelle, amoureuse, économique.

La réussite est partout.
Elle s’est installée comme un impératif silencieux, rarement interrogé.

Mais réussir… est-ce vraiment le but d’une vie ?

Ce que le mot « réussir » dissimule

Quand j’écoute attentivement ce mot dans les accompagnements, j’entends autre chose derrière lui.
J’entends une phrase plus intime, rarement formulée :

« Je ne suis pas assez à la hauteur. »

Pas assez à la hauteur pour être un grand dirigeant.
Pas assez à la hauteur pour devenir directeur.
Pas assez à la hauteur pour accompagner mes équipes vers la réussite.
Pas assez performant.
Pas assez doué pour trouver les bons mots.
Pas assez compétent pour gérer mes émotions.
Pas assez rapide pour répondre aux messages en moins de 24 heures.

Trop ceci. Pas assez cela.
Trop coincé. Trop cash. Pas assez cash.

Et puis derrière encore il y a « j’ai peur ….peur de ne pas y arriver, peur de ne pas être aimé(e) si je ne suis pas vu(e) compétent(e), peur de ne compter pour personne si je ne réussis pas »

La réussite devient alors un pansement posé sur une blessure plus ancienne : le doute sur sa propre légitimité d’être.

La réussite comme fuite en avant

Chercher à réussir sa vie, à accumuler des titres, des preuves, des possessions, n’a rien de condamnable en soi.
Il est nécessaire d’avoir de quoi vivre, de subvenir à ses besoins, de créer de la sécurité matérielle.

Mais faire de la réussite LE but de l’existence a un coût élevé.
Car un jour, quoi que nous ayons accumulé, nous laisserons tout cela.

Cette évidence, nous la connaissons tous intellectuellement. Mais nous vivons souvent comme si elle ne nous concernait pas.

Le piège d’un mental toujours en avant

En relisant La voie du sentir de Luis Ansa, j’ai été frappée par la justesse de sa description du fonctionnement du mental : un mental convexe, orienté vers la conquête, la maîtrise, la projection.

Une pensée convexe, c’est : « J’espère, j’attends, je veux — et je fais ce qu’il faut pour l’obtenir. »

Elle cherche à comprendre, à pénétrer, à éclairer, à contrôler. Elle obéit à une logique de cause à effet, gouvernée par un principe masculin lorsqu’il se prend pour l’origine de toute chose.

Dans ce monde de la convexité, nous empilons :
des certitudes,
des objectifs,
des exigences de succès,
de reconnaissance,
d’amour-propre.

La réussite devient une obligation morale, presque identitaire.

Le conditionnement social à l’œuvre

Si la réussite exerce une telle emprise, ce n’est pas un hasard.
Elle est profondément conditionnée par notre milieu social et culturel.

Pour un dirigeant occidental, réussir signifie souvent : gravir, performer, démontrer, croître.
Pour un Indien d’Amazonie, réussir peut simplement vouloir dire attraper un poisson dans la rivière et le partager, ou avoir un bananier qui donne des fruits.

Deux visions du monde.
Deux rapports à la vie.
Deux définitions du « suffisant ».

La question n’est donc pas : faut-il réussir ou non ?
Mais : à quoi, et au prix de quoi ?

Quand réussir devient une prison

« La réussite est souvent le masque doré de la peur d’échouer », écrivait Albert Einstein.
Et Simone Weil rappelait avec une radicalité douce : « L’attention, prise à son plus haut degré, est la même chose que la prière. »

Ces paroles déplacent le centre de gravité.
Elles nous invitent à quitter la logique de la performance pour entrer dans celle de la présence.

Car ce qui coûte cher, ce n’est pas la réussite en elle-même.
C’est l’oubli de soi qu’elle peut engendrer lorsqu’elle devient un absolu. 

Réussir… ou consentir à être ?

Peut-être qu’un leadership plus mature commence là : au moment où l’on cesse de vouloir réussir sa vie pour commencer à habiter pleinement la vie qui nous traverse.

Un dirigeant qui n’est plus obsédé par la réussite devient paradoxalement plus juste.
Moins crispé.
Plus libre dans ses décisions.
Plus vivant dans sa relation aux autres.

Non parce qu’il renonce à l’exigence.
Mais parce qu’il cesse de confondre sa valeur avec ses résultats.

Et si la vraie réussite n’était pas d’atteindre, mais de consentir, enfin, à être?

 

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